« Amylee », voilà un nom musical et aux sonorités douces, non sans évoquer Emilie, ou encore le nom de la chanteuse du groupe Evanescence (à qui vous ressemblez !). Pouvez-vous nous en parler ? Est-ce un pseudo ?
Pour reprendre l’histoire depuis le début. Je suis née à Nîmes. J’ai des origines espagnoles. Je porte un nom de famille très courant en Espagne et aussi en France. Très tôt, je me suis rendu compte que de nombreux homonymes pouvaient nous confondre. J’ai eu d’ailleurs différentes mésaventures plus ou moins drôles avec les banques, les examens à l’université, les cartes de fidélités à cause de mon prénom et de mon nom. C’est à l’université d’Arts que j’ai commencé à signer mes œuvres avec le pseudo Amylee, un prénom anglais qui se prononce de la même manière que mon véritable prénom Emilie. Quand j’ai commencé à bloguer en 2006, j’ai gardé alors ce pseudo pour son côté pratique. En France il était peu utilisé et pour mon référencement d’artiste sur Google, c’était plutôt un bon choix ! Le nom Paris est venu s’ajouter en 2009 au prénom Amylee. C’est un hommage à la ville qui a donné naissance à mon artiste professionnelle. Tout a démarré après une exposition dans une galerie parisienne. Quand plus tard, j’ai habité Londres, plusieurs galeristes pensaient que je m’appelais Amylee Paris. Ils avaient transformé la ville en nom ! J’ai aimé la transformation, alors je l’ai gardée.

Votre parcours d’artiste emprunte beaucoup au monde végétal et vous représentez plus particulièrement des motifs floraux insistants dans vos œuvres. Pouvez-vous dater et expliquer le début de cette passion ou de cet attrait pour les fleurs ?
La fleur a toujours été à mes côtés. Dès ma plus tendre enfance, et même avant que je sache lire et écrire. A la maternelle, la fleur à cinq pétales était mon signe de reconnaissance attribué par la maîtresse. Je pouvais ainsi dissocier mes affaires de celles de mes petits camarades. On peut dire que la fleur a été ma première forme de langage écrit, et elle exprimait ainsi ma différence.

Pouvez-vous nous citer certaines inspirations, que ce soit sur le plan strictement artistique ou plus généralement des personnalités qui vous séduisent ?
J’aime nourrir mon cerveau d’informations qui engagent ma créativité. Dans le métro à Paris ou à Londres, un vêtement, une association de couleurs, une affiche publicitaire pouvait déclencher en moi une idée. On est tous des éponges, et pas seulement les personnes qui font un métier artistique. J’aime la nature et ses couleurs, ça se voit un peu déjà dans mes tableaux. En 2018, j’ai quitté l’effervescence des grandes villes pour installer mes chevalets dans un village à moins de 100 habitants. Changement radical ! J’habite maintenant dans le Cantal en pleine nature, où je peux me ressourcer, pratiquer régulièrement le Shinrin-Yoku et noyer mon regard dans des horizons végétaux. En matière d’inspirations picturales, je vais regarder du côté des impressionnistes, des symbolistes, des expressionnistes, et des peintres japonais. Mes inspirations fluctuent selon mes lectures ou les expositions visitées. Je m’intéresse également à la mode avec Marc Jacobs, Alexander McQueen ou Christian Dior mais aussi au monde de la publicité.

1. La Dame aux colibris, de Amylee Paris.- Cantal, 2017.- Peinture sur toile au format 81x65cm.

1. La Dame aux colibris, de Amylee Paris.- Cantal, 2017.- Peinture sur toile au format 81x65cm.

Diverses formes de textures ressortent de vos œuvres. Quels matériaux et matériels utilisez-vous ?
Je peins sur toile. J’utilise majoritairement des peintures à base d’eau comme l’acrylique, la gouache ou l’aquarelle parce que ça sèche vite et que les odeurs sont moins inconfortables qu’avec l’huile ou d’autres peintures contenant des solvants. Dans mes tableaux, j’apprécie de mélanger l’acrylique à d’autres médiums comme des pastels à l’huile, des gels colorés, des paillettes, des peintures craquelées et divers collages. En parallèle de mes œuvres dédiées aux galeries, j’expérimente de nouvelles façons de m’exprimer sur papier ou cahier. Des créations qui enrichissent beaucoup mon art principal.

Pouvez-vous nous guider à travers le processus de création et nous éclairer sur la signification des trois œuvres qui illustrent cette interview ? 
Ces trois œuvres ont été réalisées entre 2017 et 2020.
Pour la première La Dame aux colibris, l’œuvre originale n’est plus en ma possession. J’ai composé ce portrait en double exposition. On y découvre à la fois une femme et en surimpression un bouquet fleuri de pivoines et d’hortensias entouré de colibris. Le sujet principal étant déjà beaucoup chargé, le fond se devait d’être léger, vide, pour ne pas créer une composition surchargée, voire oppressante. Les trois colibris sont en fait un seul qui s’affaire dans toutes les directions. Ce petit oiseau représente l’âme du peintre qui fait sa part dans la création artistique.
Dans la tradition de la haute couture, la robe de mariée clôture le show et affirme par la même occasion la consécration d’une collection. On peut dire que le tableau Into the blue floraison abstraite créé en cette année 2020 représente le bouquet qui finalise un cycle, une série d’œuvres autour du sujet de la résilience, de la nature, et du vécu de la matière. Fleurs et craquelures se mélangent dans une belle avalanche fleurie. Ce tableau a failli s’intituler Opulence. J’aime les contrastes des couleurs provoqués par ces fleurs généreuses, aux pétales bien gras qui semblent jaillir d’une peinture sèche, fine, craquelée. Pour la petite histoire, ce tableau doit s’écouter avec la musique de Madonna True Blue. La majorité de son processus créatif a été réalisé avec cette chanson. Je l’écoutais en boucle.
Kneeling Girl est le petit dernier sorti de l’atelier. Il n’était pas encore verni que le tableau avait déjà trouvé acquéreur à Paris. C’est une inspiration d’Egon Schiele, artiste autrichien, qui travailla plusieurs années avec Gustav Klimt, peintre que j’admire également. On y retrouve la fleur, les craquelures, la peinture métallisée, et un personnage central portant une robe énigmatique et graphique.

Vous avez derrière vous de nombreuses années de carrière, quelles sont les évolutions majeures que vos œuvres et votre pratique ont connues ?
Je pense que j’ai beaucoup à apprendre encore. On ne compte pas les années quand on aime ! Contrairement à d’autres artistes qui restent dans le même style et le même sujet, je fais évoluer mon art en fonction de mon histoire. De nombreux rebondissements ont marqué ma vie et donc mon art. Au début de mon portfolio, on peut voir des pochoirs, des visages très contrastés inspirés de l’art urbain, des motifs tapisserie, ensuite mes portraits se sont estompés pour laisser place à des floraisons abstraites. Il y a cinq ans, j’ai découvert l’art du Kintsugi et de la résilience. En soulignant d’or et d’argent, les cicatrices ou les accidents du temps. J’aime que la peinture cassée, fissurée, craquelée assume son passé, et devienne paradoxalement plus résistante, plus belle et plus précieuse qu’avant le choc. Les fleurs et la végétation représentent la vie qui continue, l’espoir, le renouveau. Depuis six mois, le portrait revient en force. D’une autre manière, il est mélangé davantage à des techniques expressionnistes comme on peut le voir avec mon tableau inspiré d’Egon Schiele Kneeling girl.

2. Into the blue, de Amylee Paris.- Cantal, 2020.- Peinture sur toile au format 120x120cm.

2. Into the blue, de Amylee Paris.- Cantal, 2020.- Peinture sur toile au format 120x120cm.

Quels lieux et quels médias privilégiez-vous pour exposer vos œuvres ? Avez-vous des actualités à venir ?
Je suis une artiste qui vit avec son temps. J’utilise les moyens de communications qui me sont offerts. Depuis 2008, le web est une visibilité sans frontière. On peut donc suivre mes actualités sur mon site web Amylee Paris, Facebook, Instagram, Pinterest, YouTube, Google Images. En parallèle de la promotion de mon art sur les réseaux sociaux, j’ai eu la chance d’intégrer les galeries en 2008 et j’y suis toujours représentée. On peut se référer à mon site web pour plus de détails sur les adresses exactes des galeries (essentiellement au Royaume-Uni, en Autriche et en Espagne). Il m’arrive d’exposer dans des hôtels prestigieux pour y montrer mon art. J’espère pouvoir le faire à nouveau quand tout confinement aura cessé. Toute l’année 2021 est construite sur du prévisionnel.
Pour les événements en présentiel – rien n’est certain à l’heure où je réponds à l’interview :
– en janvier 2021, artiste mentor sur le Bootcamp Artistes organisé par Art X Terra à Montréal (Québec),
– en avril 2021, exposition au Salon International de l’Art – SIAC à Marseille (13),
– en septembre 2021, sortie d’un livre broché pour la rentrée littéraire,
– en octobre 2021, événement consacré aux artistes à Paris (75).
Je prévois aussi des ateliers en ligne au cours de l’année 2021 pour aider les artistes en recherche de réponses. J’aimerais que ces évènements puissent être proposés en présentiels.

Votre activité fait une part belle à la transmission : livres numériques, webinaires, rendez-vous en ligne, accompagnements, des conseils précieux sur la manière d’apprivoiser le monde parfois intimidant de l’art. Pouvez-vous revenir sur votre propre formation et sur votre entrée dans le monde de l’art ?
J’ai mis un pied dans l’art très tôt. En parallèle de l’école primaire, j’ai commencé à me former à la peinture, au dessin académique, à la poterie dans des ateliers privés à Nîmes (30) et à Antibes (06), quand j’allais en vacances chez ma grand-mère à Juan-les-Pins (06). Mes premières peintures à l’huile, des marines précisément, ont été signées vers l’âge de 11 ans. Ensuite, mes choix ont toujours été entendus. Mes parents m’ont laissé suivre des études d’arts à l’université et aux Beaux-Arts à Nîmes. J’ai un Master 1 d’Arts Plastiques et un Master 2 d’Arts Appliqués obtenu à Toulouse, à mon époque ça s’appelait DESS. On peut dire que depuis 1993, je construis mon parcours entre art et entrepreneuriat.

Au fil des années, vous avez bâti une réelle activité professionnelle complète centrée autour de l’art : ventes d’œuvres originales et d’impressions limitées, d’aides aux artistes, des jeux-concours, ou du parrainage d’artistes avec la bourse Famylee pour ne citer que certaines de vos activités. Quels liens tissez-vous entre digital, marketing et art ?
Si on joue sur les mots, on peut dire que le digital est un peu une suite logique aux outils que j’utilise quotidiennement puisque je me sers de mes doigts pour peindre et écrire. Mais pour être plus sérieuse, tout comme la gravure, la sérigraphie, la lithographie, le numérique permet de diffuser mon art, mes écrits et d’étendre mon audience. Je pense que si Albrecht Dürer était à notre époque, il adorerait se servir du numérique pour étendre sa visibilité. Il utilisait la gravure déjà un peu dans ce but-là. Le marketing, et tout particulièrement le marketing généreux me permet de communiquer avec des méthodes et des outils qui facilitent le partage d’émotion, de valeurs et d’actualités. J’ai envie d’un marketing qui ressemble à mon artiste et à mon art. Dans la vie, je suis pleine d’humour, de rires, d’explosion de voix, de couleurs. Je me coupe toujours en quatre pour mes invités et j’adore trouver des solutions ou des astuces à partager. C’est dans ma nature d’aider les gens ou de créer du lien. L’art est fait d’ailleurs pour créer du lien.

Vous présentez sur votre blog des articles variés qui aident à prendre soin de l’artiste et de son art, des ressources pour décortiquer le métier d’artiste, des tutoriels à expérimenter à l’atelier, et toutes les actualités qui concernent votre art ; jusqu’où s’étend pour vous la création artistique ?
J’aime allier peinture et écriture, c’est comme ça que j’ai lancé mon blog en 2009. Un blog consacré à mon métier d’artiste-peintre et depuis toutes ces années, je continue de l’animer. Je rassemble aujourd’hui près de 1500 publications ! C’est étourdissant quand on y pense ! J’écris beaucoup dans mes carnets d’artiste, mes petits cahiers à crobars comme je dis. L’écriture active davantage de capacités cérébrales, comme la pensée, la mémoire, la compréhension, crée des liens entre les gens du même milieu et surtout les mots ont une puissance que les gens sous-estiment.

3. Kneeling Girl, de Amylee Paris.- Cantal, 2020.- Peinture sur toile au format 100x80cm.

3. Kneeling Girl, de Amylee Paris.- Cantal, 2020.- Peinture sur toile au format 100x80cm.

Vous utilisez le web et le marketing dans votre travail de tous les jours afin de faciliter l’activité artistique. Avez-vous déjà par le biais de vos plateformes, fait des rencontres fécondes sur le plan artistique ?
Depuis 2009, le web a provoqué de belles rencontres professionnelles et artistiques. Que ce soit pour des interviews sur mon blog, des collaborations artistiques, des invitations à projets, des expositions, des ventes, des publications dans la presse. Bien évidemment avec le temps, j’ai appris à faire le tri dans les propositions reçues et à dire non aux événements que je ne peux honorer par manque de temps ou d’implication. Le web, les réseaux sociaux c’est une école de la vie, un apprentissage de tous les jours, une aventure faite de choix. On y apprend le sens et la valeur des choses.

Vous avez déjà beaucoup accompli, peint, enseigné. Cependant, chaque artiste a son propre avenir qui se dessine toujours d’une manière qui lui est propre et personnelle… Quels projets voulez-vous encore faire éclore ? Quelles aspirations voudriez-vous réaliser ?
Avec mes douze années professionnelles, je pense encore avoir besoin de voir, d’apprendre, d’expérimenter, de défier…
ASPIRATION N°1 : Une collaboration ! J’ai toujours eu un penchant pour le design d’objet et l’architecture. J’aimerais tellement collaborer avec un décorateur ou un designer sur une co-création mélangeant design, art, artisanat, nature ! Croiser nos flux créatifs pour participer au quotidien. Le design apporte un environnement meilleur pour tous tant au niveau de l’esthétique qu’au niveau des usages et des besoins. Dans une époque où le « paraître » est devenu trop souvent important, le « bien-être » est une valeur essentielle qui revient en force.
ASPIRATION N°2 : Une exposition ! Je cherche pour 2021, un hôtel en France, quatre ou cinq étoiles, suffisamment grand pour mettre en place une exposition en duo qui pourrait accueillir mes tableaux dans un espace et les photos de mon mari dans un autre. Son portfolio est disponible sur son site Architecture & minimalisme pour découvrir son univers.
ASPIRATION N°3 : Un livre objet ! J’aimerais aussi que mes livres numériques sur le métier d’artiste voient le jour en format papier broché. Je lance donc une bouteille à la mer si un éditeur croise ce message au détour d’un clic. Je reste disponible à toute suggestion et idée !
ASPIRATION N°4 : Un collectif ! Autre évènement que je voudrais voir sortir du web. Une exposition en ligne avec mes amis artistes-peintres, celles et ceux connectés qui s’investissent sur leur blog, ou leur chaîne YouTube depuis longtemps comme moi. J’aimerais qu’on se rassemblent pour créer du lien émotionnel et un événement en ligne ! Une autre bouteille à la mer…

Citations de fin :
« La peinture est à fleur de toile, la vie n’est qu’à fleur de peau. » Eugène de Fromentin.
« La fleur est courte, mais la joie qu’elle a donnée une minute / N’est pas de ces choses qui ont commencement ou fin. » Paul Claudel, L’annonce faite à Marie.

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Photographie d’illustration de Gilles Thouvenin.