Artiste plasticienne de 33 ans, Nora SIMON a quitté la Normandie il y a quinze ans pour faire des études d’art à Paris. Après son diplôme d’Arts Appliqués, elle a suivi un cursus en Histoire de l’Art et un parcours en médiation culturelle au sein du monde muséal. Cette dernière expérience a été déterminante dans son choix de la rue comme lieu d’expression : « Les musées ne sont aujourd’hui encore pas fréquentés par tout le monde. Exposer mes Histoires doubles est une manière détournée de faire sortir les chefs d’œuvres du musée, de les rendre plus accessibles. »

1. Histoires doubles n°27, de Nora SIMON.- Paris 18ème, 2020.- Collage.

1. Histoires doubles n°27, de Nora SIMON.- Paris 18ème, 2020.- Collage.

Sa pratique artistique tourne autour des images imprimées dont elle admire la finesse et les subtilités. Elle a commencé avec la photographie et la gravure puis elle s’est mise au collage il y a un an, inconsciemment influencée par les œuvres de Max ERNST ou Ernest PIGNON-ERNEST. « Le projet Histoires doubles est né de la rencontre fortuite entre une paire de ciseaux et un magazine de beaux-arts longtemps délaissé. J’ai commencé à mélanger instinctivement des reproductions d’œuvres, par jeu et par plaisir, et de ces associations sont venues les rencontres. » Elle aime le travail artisanal et minutieux qu’implique la découpe du papier. Aujourd’hui elle varie les sources de ses images pour pouvoir réaliser de plus grands formats. Elle choisit toujours deux peintures de grands maîtres en ayant si possible un décalage géographique et temporel. Mais elle prend garde à ne surtout pas tomber dans le pastiche. Le choix de ne faire se rencontrer que deux œuvres pour créer une composition à la fois épurée, discrète et cohérente l’en préserve. C’est avant tout un rendu esthétique qu’elle recherche car « proposer ces images dans la rue c’est aussi vouloir faire surgir du « beau » dans l’espace public ». Elle laisse ainsi le passant libre de se raconter l’histoire ce qui lui plaît. Rendre hommage à des chefs d’œuvres de l’art tout en créant des œuvres à part entière et uniques, voilà l’ambition de ce que Nora SIMON appelle sa « collection imaginaire », « c’est une manière de résumer [mon] projet : une série de collages aux airs de chefs d’œuvres de la peinture qui n’existeront pourtant jamais dans les musées. Ils sont le fruit de mon imaginaire et par leur nombre ils constituent ma collection. »

2. L’atelier de Nora SIMON, photographié par Klaus P.

2. L’atelier de Nora SIMON, photographié par Klaus P.

La première étape de son travail se passe dans son atelier : une phase lente de création où elle élabore de petits formats pour voir si ses rencontres fonctionnent. Vient ensuite la deuxième étape qui est celle de l’agrandissement des images et de leur impression pour constituer un exemplaire unique destiné à la rue. La troisième et dernière étape est donc le collage réalisé in situ, c’est-à-dire qu’elle assemble et colle les deux parties directement dans la rue. Il lui est parfois nécessaire de laisser passer du temps entre chacune de ces étapes afin de laisser place à la réflexion, notamment sur le choix de l’emplacement. Nora SIMON réalise des repérages et privilégie les murs vides de toute production artistique afin que ses créations respirent, un peu comme sur les cimaises immaculées d’un musée. Néanmoins elle accepte pleinement le jeu de l’art urbain : « Ma pratique a un caractère très éphémère, j’aime dépendre du hasard qui fera qu’un collage restera plus de trois mois ou au contraire sera arraché dans la journée. Parfois une matinée est presque perdue parce que certains collages disparaissent immédiatement. »

3. Histoires Doubles n°14, de Nora SIMON.- Paris 17ème, 2020.- Collage.

3. Histoires Doubles n°14, de Nora SIMON.- Paris 17ème, 2020.- Collage.

Pour l’instant elle n’a collé qu’à Paris, essentiellement près de chez elle à Montmartre (18ème) et aux Batignolles (17ème). Mais elle a aussi fait quelques incursions dans d’autres arrondissements de la capitale dans sa recherche de nouveaux lieux pour accueillir et diffuser ses collages. A ce jour, elle en compte une soixantaine à son actif qu’elle espère pouvoir réunir dans un même objet, qui reste à définir, à destination de ceux qui n’auraient pas pu les découvrir in situ. Elle aimerait également exporter et présenter son travail sur les murs d’autres villes françaises. En ce moment elle explore un nouveau support en collaborant avec le groupe Baron Crâne sur la pochette de leur vinyle.

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Photographie d’illustration : Nora SIMON collant Histoires Doubles n°5, 2020, photographie par Klaus P.