Marie FRECON se décrit comme « une photographe de la mise en scène, de la narration ». L’Homme mais aussi le végétal et l’animal sont au cœur de son univers à la fois sensible, étrange et poétique. Sa pratique se nourrit de ses voyages « en étrangère », des cultures dites primitives « car elles savent, considèrent, sont à l’écoute du grand monde du vivant et de l’invisible », ou encore des portraits d’Amérindiens du 19ème siècle de Franck RINEHART et Edward CURTIS.

Née en 1968, cette artiste photographe toulousaine trouve une double origine à sa sensibilité artistique : sa famille et la nature. « Mes parents étaient de cette génération quittant Paris et les Beaux-Arts au début des années 70 pour tâcher d’inventer une vie différente, créative et autonome. » Enfant, elle passait beaucoup de temps au milieu des arbres, à l’affût d’animaux sauvages et notamment des oiseaux. Elle se souvient aussi qu’elle était inséparable de sa flûte à bec. Il semble qu’elle ait gardé de l’enfance sa relation à la terre et à la nature, à la fois terrain de jeu et jouet. C’est grâce à son frère qu’adolescente elle avait découvert le tirage photo. « J’ai adoré cette cachette rouge, ce lieu magique de la révélation et de la transformation, et c’est aujourd’hui encore – sans plus besoin de cachette – LE passage obligé. » Depuis, elle est restée fidèle à l’argentique et au noir et blanc avec ses appareils en 6×6 et 24×36. Au besoin, elle applique des virages sépia, sélénium, or ou thé, elle colorise au pinceau. Récemment elle s’est mise au photogramme, un procédé qui permet d’obtenir une image sans appareil en posant des objets sur une surface photosensible. L’argentique est pour elle une vraie matière qu’on travaille, c’est une forme d’artisanat à laquelle elle tient énormément.

1. Homme-poisson, de Marie FRECON.- Toulouse, 2020.- Tirage sépia sur papier baryté, au format 30x40cm.

1. Homme-poisson, de Marie FRECON.- Toulouse, 2020.- Tirage sur papier baryté au format 30x40cm, virage sépia.

Chez l’homme, c’est notamment au visage que Marie FRECON s’intéresse. Elle cite Fernando PESSOA : « Je suis cet intervalle entre moi et moi-même. » « C’est cet endroit-là que je cherche quand je fais un portrait. C’est une terre inconnue, une température, une accroche particulière à la lumière, et surtout une intériorité que j’essaie de matérialiser grâce à toutes sortes de matières principalement végétales. » Les séances avec ses modèles sont de l’ordre du rituel. Au départ, l’appareil est sur son pied. Puis le silence doit permettre à son sujet de se livrer dans les sensations, la confiance et le « lâcher-être ». Alors la photographe se déplace avec son appareil. Même si elle a une idée de départ, elle se laisse guider par le moment. Pour faire face, elle fait en sorte de toujours avoir sous la main un maximum d’objets, de matières. Cela donne des portraits organiques qui nous font glisser du réel à l’imaginaire.

2. Rapace, de Marie FRECON.- Toulouse, 2020.- Négatif et photogramme issu de la série Le silence des oiseaux.

2. Rapace, de Marie FRECON.- Toulouse, 2020.- Image en négatif et photogramme issue de la série Le silence des oiseaux.

Dans le monde animal, ce sont les oiseaux qui attirent son attention. Elle explore parfois leur lien insécable avec l’homme : « Récemment j’ai fait une série très sombre racontant la difficulté pour l’homme de continuer à avancer sans le concours de l’oiseau. » Au début des années 2000 pour évoquer la possible disparition de l’argentique, elle a mis en scène une performance immersive avec une bande son, des coquilles d’œufs au sol et des photos d’oiseaux non fixées présentées dans des cadres remplis de révélateur. Comme dans une chambre noire, chaque cadre était éclairé de lumière rouge inactinique. Soudainement, la lumière devenait blanche et les oiseaux disparaissaient sous le coup de la réaction chimique. Ces derniers semblent ainsi pour elle un moyen de transposer ses craintes, ses émotions. Elle joue avec l’animal et ses représentations. Actuellement, une série pleine de poésie mêlant négatifs et photogrammes traite des oiseaux en voie de disparition et trouve son origine dans le décès de sa mère. Elle reconnait qu’au-delà de son histoire personnelle, ces travaux peuvent porter un message politique ou environnemental : « Oui, cela parle des catastrophes écologiques dont l’homme est la cause. »

3. Femme chamane, de Marie FRECON.- Toulouse, 2020.- Tirage argentique.

3. Femme chamane, de Marie FRECON.- Toulouse, 2020.- Tirage argentique.

En ce moment ses recherches représentent donc les espèces d’oiseaux menacés mais également une série de portraits de femmes chamanes. Ces images seront visibles du 20 novembre 2020 au 12 janvier 2021 à la librairie du Musée des Abattoirs de Toulouse (31). Puis elle sera en résidence au Museum dans cette même ville pour continuer son travail sur les oiseaux. Elle a déjà par le passé réalisé un projet au Musée d’histoire naturelle de Gaillac autour de la collection naturaliste. A voir pour
l’instant un montage visuel et sonore au sujet de son dernier livre Dix-huit et une hypothèses mêlant photographies et textes.

Suivre Marie Frecon sur son site web.

Photographie d’illustration : Autoportrait au bras, de Marie FRECON.- Toulouse, 2020.- Tirage agentique.