Comment représenter les odeurs ? Comment mettre en mots et en images une note olfactive ? Ces questions, Carole CALVEZ se les pose quotidiennement. Après des études de pharmacie puis une spécialisation en cosmétique, elle exerce quelques années en officine avant d’effectuer un MBA Management des industries de luxe. C’est à son issue qu’elle plonge dans l’univers des parfums en intégrant la maison de parfumerie Givaudan. Pendant dix ans elle s’applique à créer des concepts et des scénographies autour de fragrances afin de les faire vivre et les promouvoir. Mais plus qu’une démarche marketing et commerciale, c’est une démarche artistique et éducative qu’elle souhaite adopter : « J’ai eu cette envie de transmettre ma passion des matières premières et continuer à les mettre en scène […] J’ai toujours voulu être parfumeur et raconter des histoires avec les odeurs. En outre, je défends la parfumerie comme discipline artistique. ». Ainsi en 2017 Carole se forme comme parfumeur-créateur et crée sa propre société. Aujourd’hui, elle collabore avec des artistes et des organismes culturels lors de spectacles et d’expositions, afin d’exprimer un patrimoine ou un concept par le biais des odeurs, de surprendre et de jouer avec le sens olfactif. Également amoureuse des mots et amatrice de théâtre, elle crée des ateliers qui associent littérature et odeurs dans une démarche d’éveil olfactif.

1. Photographie d'Isabelle SADOUX.

1. Photographie d’Isabelle SADOUX.

« L’objectif est de développer le langage des odeurs : nous nous retrouvons souvent démunis pour en parler car nous manquons d’éducation olfactive. J’ai voulu faire découvrir de belles matières premières de la parfumerie à travers un atelier ludique et poétique. » Balade en forêt, flânerie près d’un restaurant,… Chaque jour nous sentons des odeurs sans même en avoir conscience et sans parvenir à les décrire. C’est pour répondre à cette négligence de l’odorat dans nos quotidiens et à cette difficulté de mettre des mots sur celles-ci que Carole CALVEZ a créé ses ateliers. Ils mettent en évidence les réactions du cerveau face aux odeurs, montrent aussi qu’elles sont subjectives et soumises à des automatismes culturels. Enfin, il s’agit pour les participants de renouer avec leur sens olfactif et de se réapproprier leur sensorialité : « Décrire les différents langages de l’odeur, le langage technique du parfumeur, le langage commun, comprendre pourquoi nous avons peu de vocabulaire, aller chercher dans la littérature comment l’odeur est décrite et ce qu’elle peut exprimer… Tout cela pour pouvoir démystifier cet univers et toucher sa sensorialité olfactive, voir qu’on en est tous capable et qu’il s’agit simplement d’un manque d’entraînement ».

2. Photographie de Cécile PLANCHAIS.

2. Photographie de Cécile PLANCHAIS.

Carole CALVEZ articule ses ateliers autour de matières premières brutes et de littérature en mettant en avant sept extraits de poésies ou de romans (Honoré de BALZAC, Charles BAUDELAIRE,…) et sept odeurs issues de matières premières. Sept : comme le nombre de grandes familles olfactives de la parfumerie. Chaque participant associe librement un texte à une odeur et explique son choix. Carole en fait ensuite sentir une synthétique inconnue. Chacun exprime si celle-ci lui est agréable, tente de la décrire, avant qu’elle ne le fasse en utilisant le langage des parfumeurs. Au travers de ces différentes étapes, les participants découvrent les processus de réaction face à une odeur, appréhendent sous un nouveau jour leur sensorialité et acquièrent de nouveaux éléments de langage de description. Une fois familiers avec le monde des odeurs, ils sont invités à rédiger un cadavre exquis olfactif, un texte autour d’une odeur connue. L’atelier est le moment d’une plongée dans notre mémoire, notre bibliothèque olfactive. « L’objectif est d’apporter de la sensorialité, de mieux appréhender les odeurs, de montrer que c’est une ouverture non seulement sur le monde mais aussi sur l’imaginaire. Le dessein final est d’éduquer pour toucher ». Carole CALVEZ souhaite également mettre en exergue leurs pouvoirs émotionnel et évocateur. L’odeur est une émotion, un langage et une histoire à part entière. Se réapproprier le sens de l’odorat est le moyen d’ouvrir les portes d’un imaginaire et de faire naître la créativité : « Ce pouvoir des odeurs, leur magie, ce qu’elles peuvent déclencher en nous de mémoire et d’émotions, me passionne. Elles portent un imaginaire, il suffit de lâcher prise. […] J’ai sans cesse était fascinée : pour moi il y a toujours eu une histoire derrière une odeur. Enfant, j’étais plutôt réservée, et j’aurais aimé communiquer avec, j’étais très sensible à la découverte du monde par leur intermédiaire et leurs émotions silencieuses ».

 

3. Carole CALVEZ et le diffuseur du parfum Myrrha à l’expositon Man Ray, photographie de François GUICHARD.

3. Carole CALVEZ et le diffuseur du parfum Myrrha à l’expositon Man Ray, photographie de François GUICHARD.

Carole CALVEZ a récemment mis son imagination et sa créativité olfactive au service de l’art à l’occasion de Man RAY et la mode au Musée du Luxembourg à Paris. Chargée de parfumer l’exposition lors de la nuit blanche, elle a créé un parfum évocateur de la sensibilité et de l’esthétisme du photographe de mode, de la sensualité féminine et de la liberté. Sa création Myrrha s’articule autour des notes de myrrhe, de muscs ronds et d’aldéhydes fusants. La myrrhe nous transporte dans le monde de la femme séductrice, de la transgression, et des interdits. En effet, dans la mythologie grecque, l’arbre à myrrhe est lié au destin tragique de la princesse Myrrha : transformée en arbre par les dieux suite à un inceste, ce sont ses larmes de résine qui coulent le long du tronc. La réalisation Myrrha fait ainsi un bel écho à la photographie Les Larmes de Man RAY. Quant aux aldéhydes électriques, elles évoquent les flashs de l’appareil photo, la lumière éclatante des bals et des costumes. Enfin, les muscs ajoutent une note plus charnelle et douce, de peau et de fourrure. L’ensemble délivre un parfum chaud, envoûtant, qui rend l’univers de Man RAY plus palpable et vibrant pour les visiteurs.
Expériences multisensorielles et poétiques, créations olfactives, activités artistiques et pédagogiques,… Carole CALVEZ nous fait voyager et découvrir un univers riche et à portée de main qui ne demande qu’à être exploité si on sait tendre le bout de son nez.

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Photographie d’illustration de François GUICHARD.