1. Trouble, de Garance ALVES.- 2014.- Installation de tulles.

1. Trouble, de Garance ALVES.- 2014.- Installation de tulles.

Garance ALVES est une artiste plasticienne. Parmi ses influences, elle cite des artistes comme Oscar MUNOZ pour son travail sur le classement des images ou Doris SALCEDO pour ses installations avec du textile et des objets, mais aussi des écrivains comme Georges PEREC dont le goût pour l’observation et la classification a influé sur sa démarche. Agée de 27 ans, elle vit et travaille entre Clermont-Ferrand où elle a obtenu un Diplôme National d’Art en 2015 et a actuellement un atelier aménagé par la Ville, et Bruxelles où elle a décroché un master en dessin à l’École nationale supérieure des arts visuels de La Cambre. Son cursus qu’elle qualifie volontiers de « très ouvert », lui a permis de développer une recherche personnelle et d’apprivoiser l’art contemporain au travers de ses différentes techniques. Une pluridisciplinarité que Garance ALVES a appréciée et qu’elle n’a pas abandonnée aujourd’hui. « Je n’ai pas vraiment de technique spécifique, même si j’explore pas mal le dessin et l’installation. J’ai une pratique assez pluridisciplinaire, ce qui était déjà le cas à l’Ecole. En revanche, mon travail tourne autour d’une thématique précise, le corps absent/présent. C’est une recherche que j’ai commencée en troisième année à Clermont-Ferrand, c’est un fil que je déroule depuis et que je n’ai pas encore épuisé, au contraire. Souvent dans mon travail, le corps est absent et je l’évoque par les objets qui l’entourent. En m’intéressant à ces objets, j’en suis venue aux vêtements, avec cette idée que le vêtement est un peu notre seconde peau, mais aussi un fragment d’histoire qui fait à la fois écho au corps et à l’identité. ». De là, plusieurs pistes de réflexion se sont offertes à elle. Une partie de son travail utilise directement les vêtements, qu’elle chine aux puces pour qu’ils aient un vécu. Elle en fait des installations murales en les découpant et les assemblant de manière à former des silhouettes en creux. Elle a notamment travaillé sur celles de danseuses, plus exactement celles de leurs tenues. « L’idée de la danse est venue assez naturellement parce que c’est une expression du corps. J’ai par exemple fait une pièce pour laquelle j’ai pris plein de photographies d’une danseuse au cours d’une chorégraphie. J’ai détouré les mouvements de sa robe, je les ai découpés dans de la tulle et je les ai superposés. Il y avait un jeu plastique, en lien avec le glacis de la peinture mais aussi cette idée un peu impossible de capturer, de fixer le mouvement et l’essence d’un corps en mouvement à un moment donné. » Sur ces questions, Garance ALVES collabore avec une amie danseuse. Elles seront en résidence à la Toussaint à la Cour des Trois Coquins (63) pour travailler sur un projet qui devrait se concrétiser par une vidéo et peut-être une performance.

2. L’image des mots 1, de Garance ALVES.- 2019.- Dessins crayon et collage sur papier, au format 112x77cm.

2. L’image des mots 1, de Garance ALVES.- 2019.- Dessins au crayon et collage sur papier au format 112x77cm.

Une autre partie de son travail revêt un aspect sociologique avec l’instauration de protocoles. Par exemple Inconnus intimes, qui a connu plusieurs développements ces dernières années, vise à faire connaissance avec des personnes par le prisme d’un pressing bruxellois où elles déposent leurs vêtements. « L’idée était de rencontrer des gens par le biais unique de leurs vêtements, sans jamais les voir physiquement et avec la complicité de la gérante du pressing. Pendant six mois, j’y allais chaque semaine et je lui demandais si ces douze personnes qu’on avait choisies ensemble avaient emmené quelque chose, que je photographiais si c’était le cas. Au départ, c’était plutôt l’expérience qui m’intéressait. C’est une fois que j’ai eu collecté toute cette matière qu’il en a décanté plein de projets : un livre, plusieurs installations. » Ces dernières prennent forme par l’impression des photographies sur plexiglas transparent, assemblés aux murs ou superposés dans l’espace. Il y a dans cette restitution quelque chose de l’ordre de la classification, quasi scientifique, ou de la collection, curieuse mais pas voyeuriste, et qui fait écho à la collecte des clichés, aux listes de vêtements du pressing. « Le but c’était vraiment de retranscrire cette expérience au spectateur et qu’il puisse faire son propre cheminement, c’est-à-dire projeter quel type d’identité pouvait se cacher derrière et ainsi faire travailler son cinéma mental. » Cette dernière notion est présente dans des travaux plus récents autour du roman épistolaire de Pierre CHODERLOS DE LACLOS, Les Liaisons Dangereuses. Une œuvre où l’on découvre les personnages par la voix des autres qui captive Garance ALVES : « Je suis fascinée par le fait que ce livre ait été adapté autant de fois au cinéma et en séries, sous toutes les formes, parce que pour moi il est inadaptable en tant que tel. » Elle s’est donc lancée dans une série reprenant des images de ces adaptations dont elle redessine uniquement les vêtements et postures des comédiens. Les silhouettes apparaissent par le collage du texte du livre. C’est pour elle une manière de le confronter à son adaptation, de représenter ce qu’il se passe dans la tête du spectateur lorsque les images de son cinéma mental sont perturbées par celles du film qu’il visionne.

3. La Traversée, de Garance ALVES.- Clermont-Ferrand, 2019.- Installation composée de chemise, sable, impression 3D, vue de l'exposition Inconnus Intimes au Centre Camille Claudel.

3. La Traversée, de Garance ALVES.- Clermont-Ferrand, 2019.- Installation composée de chemise, sable, impression 3D, vue de l’exposition Inconnus Intimes au Centre Camille Claudel.

Parmi ses derniers travaux, on peut également citer La Traversée qui mêle installation, travail textile et impression 3D, un outil qu’elle utilise de plus en plus. Ce projet, où le corps absent/présent et le vêtement occupent toujours une place centrale, joue sur les échelles, sur la notion d’objet, sur l’idée de masse quasi uniforme – le blanc domine largement sa composition. Les chemises de tissu à taille réelle inanimées y côtoient un flot de chemises miniatures, habitées par des personnages invisibles seulement singularisés par leur posture. En seconde lecture et dans le contexte actuel, on ne peut s’empêcher de penser aux flux de populations et aux migrants. Elle présentera cette installation lors de l’exposition collective du Prix Jeune Création de l’Atelier Blanc au Moulin des Arts de Saint-Rémy (12) du 23 janvier au 21 février 2021.

Suivre Garance ALVES :

Photographie d’illustration : Inconnus intimes 2 (la foule), de Garance ALVES.- Callirohé et Diboutadès, La Vallée, Bruxelles, 2017.- 12 plaques de plexiglas de 170×50 cm avec impressions sur transparent et dessins sur tissu, vue de l’exposition C&D.