Laurent Élie BADESSI et la photographie, c’est d’abord une histoire de famille. Entouré de photographes, de peintres et de sculpteurs depuis son enfance, il développe naturellement une sensibilité particulière pour la création artistique puis se fascine pour ce médium. Ce que l’on appelle fréquemment le huitième art devient rapidement sa passion, son
travail puis, de manière sincère et évidente, toute sa vie. Après plus de trente années passées derrière l’objectif, il nous a parlé de ses débuts, des travaux qui l’ont le plus marqué et de ses inspirations. L’occasion de découvrir, ou redécouvrir, cet artiste à la créativité ingénieuse.

1. Peul Bororo 1 - Ethnik, de Laurent Élie BADESSI.- 1988 - Tirage cibachrome.

1. Peul Bororo 1 – Ethnik, de Laurent Élie BADESSI.- 1988 – Tirage cibachrome.

Pour Laurent Élie BADESSI, pratiquer la photographie et en faire son métier n’avait rien d’une évidence. Il grandit en dessinant, en se passionnant pour le cinéma et l’architecture puis choisit d’étudier la communication et les sciences du langage, qui le dotent de techniques journalistiques et publicitaires. A ses 20 ans, il s’oriente finalement vers une maîtrise de photographie qu’il achève par la réalisation d’une thèse l’alliant à la psychologie. C’est ainsi que naît Ethnik (Image 1), une série de portraits qui s’intéresse à la relation entre le photographe et son modèle, récompensée ensuite par de nombreux prix et que l’on retrouve aujourd’hui dans les collections de la Bibliothèque nationale de France. Il voyage alors au Niger pour photographier des tribus qui ne sont pas familiarisées avec ce médium. Alors qu’il est singulièrement marqué par la simplicité des contacts humains, les portraits qu’il capture sont inspirants et percutants de par l’intensité du regard et la force d’expression des modèles. Mettant en pratique la technique de la photographie négociée enseignée par son professeur universitaire Michel SEMENIAKO, il nous dit avoir privilégié une discussion préalable avec ses sujets sur le rendu final de l’image, instaurant ainsi une réelle confiance. En réalité, dans tous ses travaux, Laurent Élie BADESSI expérimente la puissance de cette relation basée sur la confiance : «  Ce qui est très important, c’est la confiance, il faut l’obtenir. Lorsqu’elle est établie, le modèle donne de soi et on peut alors explorer de façon profonde ce qu’on peut faire ensemble ». Lorsqu’il réalise des nus photographiques, il la juge même fondamentale et déterminante. Il se souvient des séances enrichissantes et inattendues dans lesquelles les modèles, en se mettant à nu, redécouvraient leur corps et se sentaient alors à l’aise avec leur apparence. Si ces photographies sont thérapeutiques pour les sujets, elles ne nous laissent pas indifférents non plus : Skin est un formidable mélange de courbes, de roches, de corps, de terre, de membres, d’eau, de contrastes mêlés. Comme si le corps humain et la nature se confondaient, nous nous laissons aisément emporter par l’harmonie étonnante entre lumière, matière et figure, bercés par une symbiose inattendue entre ressemblances et différences, voir trompés par l’illusion de formes presque abstraites, comme façonnées et articulées par Laurent Élie BADESSI.

2. Plongeur dans l'eau noir - Skin, de Laurent Elie BADESSI.- Afrique,1998.- Tirage argentique.

2. Plongeur dans l’eau noir – Skin, de Laurent Elie BADESSI.- Afrique,1998.- Tirage argentique.

A l’image de Skin (Illustration 2), il réalise tout au long de sa carrière de grandes séries photographiques qui ont la singularité de prendre la forme d’études. Le parcours académique et l’attrait pour le journalisme nourrissent donc incontestablement son approche photographique : « Au-delà d’être un créateur, je suis un observateur, je me nourris de ce qui est autour de moi, de l’actualité. A la manière d’un journaliste, je cherche l’information, j’enquête et je me base sur des faits réels ». L’artiste investigue ainsi des thèmes et faits actuels qui reflètent des questions sociales, culturelles ou politiques. Le projet American Dream, This is not a dream (Image 3) s’inscrit dans cette ambition. Conscient de la perception épurée des médias américains sur la guerre en Irak, Laurent Élie BADESSI explore subtilement un sujet délicat : celui de la vision altérée de l’armée et de la guerre dans ce pays. Se basant sur des recherches accrues dans la presse et après plus de dix ans passés aux États-Unis, il fait le choix de détourner une campagne publicitaire de l’armée pour dénoncer le traitement négligé des soldats revenant du front. En utilisant la symbolique du drapeau américain, il s’indigne d’un patriotisme paradoxal et de l’occultation des médias sur une guerre dévastatrice.
Ses inspirations, il les trouve dans une longue histoire : la sienne. Tout ce qu’il a puisé et vécu, les images et l’art qu’il a pu voir et affectionner dans son quotidien, ressurgissent au moment de capturer un moment. En outre, son environnement, le contexte dans lequel il se trouve, et l’actualité sont aussi sources de créativité et influencent constamment son travail. Baigné dans la culture américaine depuis presque trente ans et intrigué par la place des armes à feu dans ce pays, il décide en 2016 de consacrer une série photographique sur ce sujet controversé. Age of Innocence explore ainsi prudemment la relation affective et sociologique qui lie un enfant américain à son arme. Ces portraits esthétisants et volontairement dérangeants nous interpellent tout en explorant la réalité américaine et en mettant en lumière le rapport ambivalent de cette jeunesse avec les armes.

3. Série photographique American Dream, This is not a dream, de Laurent Elie BADESSI.- 2006.

3. Série photographique American Dream, This is not a dream, de Laurent Elie BADESSI.- 2006.

Au-delà des campagnes publicitaires qu’il dirige, des photographies de mode qu’il capture et des œuvres d’art qu’il crée, Laurent Élie BADESSI est aussi un artiste qui met son art au service de causes qui lui tiennent à cœur. Touché par la question environnementale, il nous sensibilise par exemple à la destruction de la forêt amazonienne et nous alerte sur notre impact à travers le cliché Tree of Love réalisé en 2012. Faire prendre conscience, informer, explorer le monde et susciter la réflexion sont là ses premières intentions – réussies.
En attendant qu’il nous fasse à nouveau voyager artistiquement à travers le prisme de sa vision du monde, nous pouvons retrouver les clichés poignants de sa série Age of Innocence au Paris Photo du 12 au 15 novembre 2020 ou bien dans son livre du même nom publié chez Images Plurielles.

Suivre de Laurent Élie BADESSI : 

Photographie d’illustration : Connor, 7 ans, série photographique Age of Innocence, de Laurent Élie BADESSI.- Texas, 2016.- Tirage pigmentaire.