1. Joan of arc, de Alexandre Granger.- Dessin réalisé aux pastel et crayons sur papier au format 30x40cm.

1. Joan of arc, de Alexandre GRANGER.- Dessin réalisé aux pastel et crayons sur papier au format 30x40cm.

Vous réalisez des œuvres figuratives en deux dimensions, mixant les techniques du crayon de couleur et du pastel. Depuis quand pratiquez-vous le dessin et comment l’avez-vous découvert ?
Ma formation est des plus simples… Celle de celui qui s’ennuie pendant les cours et qui dessine. J’ai découvert le dessin très tôt grâce à mon grand-père paternel qui avait cette passion et qui pratiquait toutes les techniques possibles (aquarelle, huile, pastel, encre, etc.). C’est donc lui qui m’y a sensibilisé et m’a donné envie de créer à mon tour. J’ai commencé par copier des pages entières d’Astérix ou de Lucky Luke. Quand j’avais 12 ans nous avons réalisé un dessin aquarellé à quatre mains, ce qui fût pour moi un véritable déclic. Depuis je n’arrête plus ! Cela va donc faire 38 ans que je pratique et que j’ai un crayon entre les mains. Vers l’âge de 20 ans, j’ai fait un passage dans une école de dessin à Bayonne qui préparait au concours d’entrée des Beaux-Arts. A cette époque, je pensais qu’avoir un diplôme était une condition sine qua non pour être « artiste » et pour pouvoir vivre de son art. J’y ai étudié le nu, la nature morte, les différentes compositions et techniques ainsi que toutes les bases qui font défaut
quand on est un autodidacte. Car même si je dévorais tous les livres d’art que je trouvais et que je passais des heures à décortiquer chaque tableau que je voyais, l’apport de cette école a été bénéfique pour moi. J’y ai rencontré un professeur qui m’a poussé à sortir de ma zone de confort. Il m’a dit et fait réaliser que les Beaux-Arts n’étaient pas forcément une fin en soi. Je ne les ai donc finalement pas intégré et ai commencé directement à établir mon statut d’artiste.

2. La Reine des nerfs, de Alexandre GRANGER.- Dessin réalisé aux pastel et crayons sur papier au format 30x40cm.

2. La Reine des nerfs, de Alexandre GRANGER.- Dessin réalisé aux pastel et crayons sur papier au format 30x40cm.

Pourquoi mixer les techniques ?
J’ai toujours été meilleur dessinateur que peintre donc le choix du crayon de couleur est devenu une évidence, surtout après de nombreuses toiles non terminées par un manque de technique et de talent ! Le pastel est venu beaucoup plus tard par une rencontre avec une Maître Pastelliste, Dominique HOUARD, qui m’a fait découvrir et aimer sa technique. J’ai eu la chance de la rencontrer à une période où je stagnais au niveau de mon inspiration. Elle a eu et a toujours un rôle de marraine artistique. Elle m’a fait comprendre volontairement et involontairement qu’en art rien n’est fixe, que rien ne nous empêche de faire autrement avec un médium qui a ses particularités propres. Alors aujourd’hui, ma technique est un mélange de plusieurs techniques et ingrédients. Pour estomper, j’utilise des pinceaux pour la peinture à l’huile, du pastel en craie pour les aplats de couleur, des crayons pastel (Pitt Pastel) pour les détails. Je recours aux crayons de couleur pour les finitions, les détails, rehausser mes couleurs. Pour finir, l’encre noire et la gouache blanche viennent accentuer les contrastes, et tout cela sur un papier qui n’est pas prévu pour faire du pastel… Le rendu hyperréaliste rend la frontière avec la photographie très mince.

Pourquoi cet hyperréalisme ? 
Je dessine ce que je vois et tente de le retranscrire de manière réaliste, mais à ma façon. Quand je regarde un visage je le vois comme il est et non comme je voudrais qu’il soit. Je ne cherche pas à ce que ma technique passe avant mon modèle ! Le sujet principal est mon modèle. Lorsque je dessine un nu, je vois sa beauté que je cherche à reproduire à la perfection tel qu’il est pour moi, à mes yeux.

Quelle(s) différence(s) avec la photographie ?
Beaucoup et aucune. J’ai adopté ce style photographique hyperréaliste car il me permet de n’avoir aucune limite dans la
création et surtout mes dessins sont compris instantanément. Il y a des perspectives, des raccourcis ou des formes d’objets qui selon moi passent très bien en photographie mais qui sont incohérentes en dessin ou en peinture. L’exemple le plus simple est la forme d’un nuage. En photo, l’œil du spectateur sera moins enclin à se poser des questions, il y verra un nuage. Représenté sur un tableau, il trouvera sa forme plus abstraite et sujette à de multiples interprétations.

3. Atelier d'Alexandre GRANGER.- Photographie digitale.

3. Atelier d’Alexandre GRANGER.- Photographie digitale.

Le processus a-t-il une importance plus grande que le résultat ? Fait-il partie du résultat ? Expliquez-nous.
Le début du processus est très excitant et le résultat final l’est tout autant ! Tout est important. Mon processus de création est très simple. Je pars souvent d’une phrase que j’ai entendue, d’une image que j’ai vue, d’une situation que j’ai vécue ou tout simplement d’une envie ou d’un message que j’ai envie de faire passer.

Vos sujets sont principalement des femmes, en portrait, de buste, nues, sous la peau de divers statuts, rôles sociaux ou fictifs, ethnies, généralement tatouées. Pourquoi représenter les femmes uniquement ?
Je suis resté neuf mois dans le ventre d’une femme, cette femme et mère est la première personne à m’avoir aimé. J’ai été élevé avec trois sœurs, j’ai cinq nièces, je vis avec une femme et j’ai une belle-fille qui est une fille de cœur. Donc depuis ma naissance je suis entouré par cette sensibilité, ces beauté et complexité féminines. Que pourrais-je dessiner d’autre ?

Les dessinez-vous à partir de modèles vivants ?
A une époque les peintres avaient ce luxe de créer d’après modèle vivant, mais aujourd’hui c’est impensable et injouable humainement et financièrement car il me faut 50 à 70 heures pour réaliser un dessin.

Quel message doit-on comprendre à travers elles ? 
La « Femme » est tout ce que l’on cherche, tout ce qui nous fait défaut, tout ce qui nous fascine, tout ce qui nous attire et nous fait peur.

Suivre Alexandre GRANGER :

Photographie d’illustration : Autoportrait d’Alexandre GRANGER.