« L’art est un privilège insoupçonné car il permet de vivre dans un monde irréel. Il est illimité, parfois irrationnel mais captivant. On peut s’y perdre, on peut s‘y retrouver. Tout est interrogation et on n’a aucune certitude. » Peintre, Catherine STARKMAN ne saurait être résumée à ce seul rôle. De la photographie à l’objet d’art, ses œuvres sont représentatives de sa volonté de découvrir de nouvelles atmosphères, de multiplier les expériences et de ne négliger aucune facette de sa personnalité. Au détour d’expositions dans des galeries parisiennes, au Musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée – Mucem à Marseille ou à l’Hôtel de Gallifet à Aix-en-Provence (13), nous avons découvert cette artiste et son univers artistique protéiforme.

1. Here and there 8, de Catherine Starkman.- 2018.- Techniques mixtes sur papier, au format 125x173cm.

1. Here and there 8, de Catherine Starkman.- 2018.- Techniques mixtes sur papier, au format 125x173cm.

Catherine STARKMAN est initiée à l’art dès son enfance. Elle se souvient particulièrement de la « boîte de couleurs » que son père lui avait offert pour peindre ou encore du premier atelier de peinture auquel sa mère l’avait inscrite. Ce sont ces premières évasions artistiques qui renforcèrent sa vocation et transformèrent la peinture en une véritable passion. À son adolescence, elle découvre la photographie et débute sa carrière en suivant des cours à l’Institut de la Photographie (75) et en travaillant pour la presse, la mode mais aussi l’Unesco dans le cadre de fouilles archéologiques. De la photographie de rue – qu’elle qualifie comme un « art du moment immédiat », Catherine en retient surtout l’irréversibilité de l’instant et l’émotion omniprésente dans la recherche du moment opportun pour produire le cliché unique et idéal. Fascinée par la ressemblance et l’effet mimétique dans le couple, elle travaille d’abord sur une série de photos en noir et blanc mettant en lumière le binôme maître-chien, puis réalise sa première exposition. Son travail attire l’œil de Coluche et, de cette rencontre, en découle une collaboration puisqu’elle devient la photographe de son roman photo Les pauvres sont des cons paru dans Charlie Hebdo – des instants de carrière qu’elle évoque comme une expérience formidable.

3. La Grimace, de Catherine Starkman.- Photographie noire et blanc.

2. La Grimace, de Catherine Starkman.- 1980.- Photographie argentique.

Considérant la photographie et la peinture comme deux formes d’art bien distinctes mais complémentaires, Catherine STARKMAN alterne continuellement entre ces deux médiums. Elle explique : « En photographie, l’art vient vers vous et c’est à vous de le saisir alors qu’en peinture, c’est de la pure construction, de la création à l’état pur ». Ainsi, en peinture, ce sont les fibres sentimentales de sa personnalité qui la guident, un cheminement infini de réflexions et de sentiments où se mêlent sa fragilité, sa puissance, sa tendresse, sa colère, sa mélancolie, sa tristesse, ses rêves ou encore ses contradictions. En matière de touche artistique, elle se nourrit de l’enseignement de deux professeurs d’art qui ont chacun influencé à leur manière l’identité de cette artiste, en la dotant d’un équilibre entre une technique méticuleuse sur le travail de la matière-lumière et un lâcher-prise favorisant un abandon à ses pulsions.
Depuis ses débuts, Catherine STARKMAN développe de grandes séries de tableaux oscillant entre art abstrait et art figuratif. Vouant un intérêt particulier tant à l’abstraction qu’à la figuration, elle cherche à travers ces deux formes d’art à explorer des aspects inconnus de son univers tout en s’essayant à différents styles et modes d’expression artistique. Pour l’un comme pour l’autre, l’imagination, la couleur et la matière occupent une grande place dans son travail. Par l’abandon de toute trace de récit et par sa richesse émotionnelle, l’abstraction est un moyen pour Catherine d’atteindre le recueillement pur en privilégiant un travail sur les formes et la lumière et en dévoilant ce qu’il y a de plus profond et personnel en l’artiste.

3. Tryptique, de Catherine Starkman.- 2020.- Peinture abstraite réalisée à l'huile sur toile, au format 20x330cm.

3. Tryptique, de Catherine Starkman.- 2020.- Peinture abstraite réalisée à l’huile sur toile, au format 220x330cm.

Levier d’introspection naturelle, son art abstrait semble également s’assimiler à une sorte de rétrospection sur la civilisation passée et présente dans sa série Abstraction urbaine, composée de paysages alliant histoire, architecture, civilisation et construction contemporaine. Fascinée par l’Afrique, elle s’épanouit également en réalisant des toiles illustrant des portraits et silhouettes africaines. En donnant vie à des personnages et en suggérant leurs conditions et leur histoire, l’art figuratif lui permet d’évoquer des thèmes qui lui tiennent à cœur, tels que l’inégalité, le racisme, la souffrance ou encore la condition féminine, l’oppression. En tant qu’artiste, Catherine est consciente de sa responsabilité de témoigner du monde dans lequel elle vit, de parler de son engagement et de ses convictions. Ces tableaux inspirés d’Afrique s’assimilent donc à une prise de parole à travers laquelle cette artiste prône une coexistence entre les cultures et l’acceptation de « l’autre », qu’elle désigne dignement comme « celui qui n’est pas vous et qui existe dans sa différence ». Néanmoins, dans toutes ses formes d’expression artistique, elle transmet à son tour une responsabilité au spectateur : celle de comprendre, de ressentir, de réfléchir et d’imaginer ses propres œuvres. En exposant son art, elle le transforme en une conversation et un partage avec la personne qui le regarde, dans l’intention de provoquer une émotion, de nourrir un état d’être ou de partager une réflexion. Plus récemment, elle s’est intéressée au détournement de valises vintage en combinant collage et peinture pour les façonner en véritable objets d’art.

Guidée par sa liberté de création, Catherine Starkman nous entraine dans son monde artistique mouvant et intimiste et réussit à nous faire voyager entre ses sensibilités, sa personnalité, ses émotions. Et on ne s’en lasse pas.

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Photographie d’illustration prise à l’Hôtel de Gallifet par Naweed Gharafi.