1. RU Xiao Fan posant devant son installation Ode du cheminement, au Musée national des arts asiatiques Guimet ; photographié par Léo REN.- 03/2020.

1. RU Xiao Fan posant devant son installation Ode du cheminement, au Musée national des arts asiatiques Guimet ; photographié par Léo REN.- Paris, 03/2020.

Né à Nankin (Chine) en 1954, RU Xiao Fan a connu une enfance mouvementée. En 1957, Mao ZEDONG lance son mouvement des Cent Fleurs avec sa fameuse formule : « Que cent fleurs s’épanouissent et que rivalisent cent écoles. » Alors trop jeune pour être directement touché par ce piège tendu aux intellectuels, l’artiste en restera pourtant toujours marqué. Il le sera encore plus par la Révolution culturelle, pendant toute sa jeunesse. Les fleurs sont un grand sujet dans sa vie artistique. Depuis qu’il s’est installé en France dans les années 80, il a réalisé un grand nombre d’œuvres en lien avec elles. C’est un hommage à cette expérience en Chine, mais surtout une expression de sa conviction de la signification originale de Cent fleurs : une campagne qui songe à encourager et dynamiser la créativité et la diversité.
L’installation Ode du cheminement de RU Xiao Fan a une signification culturelle et historique marquante. Elle est inspirée par le parcours de l’artiste et la recherche de réponses dans sa vie artistique. L’œuvre lui ressemble beaucoup.
Les statuettes ont un bouquet de Cent fleurs à la place de leur visage. Leur corps est comme celui d’arhat, travailleur et méticuleux. Elles se posent sur un socle solide, l’Histoire. Tout cela est le cheminement de la vie. Notre existence est une navigation pour se rejoindre à l’autre rive, ou bien le nirvana. Elles sont en porcelaine Qingbai. La technique date de la dynastie SONG (1127-1279). Elles sont une représentation de Luohan ou arhat dans le bouddhisme en Chine avec la tête remplacée par un bouquet de fleurs. Les détails et la délicatesse de ces statuettes sont inégalés.

2. Ode au cheminement, de Ru XIAO FAN, photographiée par Léo REN.- 2019.- Installation au Musée Guimet.

2. Ode du cheminement, de RU Xiao Fan.- Paris, 03/2020.- Oeuvre visible au Musée national des arts asiatiques Guimet.

L’arhat ou Luohan est aussi un personnage exceptionnel dans le bouddhisme. En tant que disciple du Bouddha, il n’atteint pas encore son état et il est mortel. Avec beaucoup de modestie, il s’occupe des tâches quotidiennes dans le temple. C’est la raison pour laquelle les statuettes sont si vivantes dans Ode du cheminement. Sous leurs pieds, ce sont des cassettes en argile réfractaire. Elles ressemblent aux bateaux qui transportent ces Luohan vers l’autre rive, le nirvana. Ce sont des antiquités datant du 9ème siècle, qui étaient des outils essentiels dans la production de porcelaine à cette époque. Pendant la cuisson, elles servaient à séparer les flammes et les porcelaines, sinon ces dernières se noircissaient ou se fendaient facilement. Elles ne voyaient ensuite plus le jour, étant souvent enterrées autour du four. 1000 ans après, RU Xiao Fan les a retrouvées. Il leur a donné une nouvelle vie en tant que bateaux qui effectuent la liaison entre les arts européen et asiatique. Le fort contraste entre les statuettes lisses et les cassettes rugueuses nous invite à réfléchir et sentir. Ode du cheminement nous ouvre une conversation sur notre recherche spirituelle. Sous le dôme du Musée national des arts asiatiques Guimet, les 72 disciples du Bouddha se mettent en forme d’éventail. Le spectateur est baptisé par leurs regards sereins. Dans cette vie de navigation, cent fleurs comme têtes nous rappellent qu’il ne faut jamais oublier ses aspirations originales. Le corps de Luohan nous montre que le plus important est de passer à l’action nous-même. Les cassettes de 1000 ans en tant que socles et bateaux nous apprennent que l’Histoire ne nous réclame pas de respect, qu’il ne faut surtout pas la vénérer aveuglément, mais qu’il est important de se servir de cette référence de grande valeur pour nos cheminements actuels.

3. Installation Oiseaux en cage, de Ru XIAO FAN, photographiée par Léo REN.- 2019.

3. Tableau issu de la série Espace illimité, de RU Xiao Fan.- Paris, 03/2020.- Peinture réalisée à l’huile sur toile, au format 1,8x6m.

Une personne est-elle vraiment indépendante ? Notre vie est-elle exempte de l’environnement culturel et politique ? La liberté est-elle réelle ? Les œuvres de RU Xiao Fan essaient toujours de nous montrer ses recherches sur ces questions existentielles. La forêt de bambous représente la complexité de notre société. Pour une personne, il est quasiment impossible d’apercevoir toutes les liaisons. Dans Espace illimité, les oiseaux en cage représentent chaque individu dans la société. Le temps est beau, l’endroit est aéré et la vue est agréable avec l’arc-en-ciel. En théorie, il y a tout ce qu’il faut pour nous soulager dans cette scène. Cependant, on voit que le message clé est bien plus profond. Chaque oiseau peut voir cette belle scène de sa cage. On se demande qui les a tous emprisonnés de cette façon cruelle. Ils sont tous témoins d’un monde merveilleux dont ils ne pourront jamais profiter pleinement. Le gardien de prison n’est peut-être personne d’autre que nous-mêmes. En ayant la liberté de devenir tout ce que l’on veut, combien de fois avons-nous fait un choix différent ? Combien de limites nous sommes-nous imposées dans la vie ? Les oiseaux chantent constamment. Chacun dans sa cage est comme nous dans notre bulle dans la vie. Leur chant est comme la voix d’un individu, le symbole de son indépendance et son originalité. Mais quand tout le monde accorde sa mélodie, la forêt devient un orchestre. La pièce produite est la culture générale d’une société. Personne ne peut sortir de cette forêt. L’originalité est-elle une illusion ?
Ces deux œuvres sont en exposition au Musée national des arts asiatiques Guimet à Paris jusqu’en septembre 2020.
L’illustration de cet article est l’une des trois toiles de la série Espace illimité, de RU Xiao Fan.

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