Mauro Ceballos

1. Portrait de Mauro CEBALLOS, par Laurent "Hipstoresk" MOULAGER.- Photographie digitale.

1. Portrait de Mauro CEBALLOS, par Laurent « Hipstoresk » MOULAGER.- Photographie digitale.

Mauro CEBALLOS a un verre de vin posé sur la table, mais il ne le boit pas. Il lui fait raconter des histoires, il dessine avec. Originaire de Santiago de Chile, l’artiste qui vit en France depuis maintenant dix-sept ans est né dans une famille de viticulteurs. Il voit d’abord la vigne comme une activité qui l’empêche de profiter de l’oisiveté de ses vacances scolaires enfant. Il lui aura fallu parcourir plus de 11 000 kilomètres pour renouer le contact avec la terre viticole, à Bordeaux. Le chemin est long mais l’histoire est belle. Avant de devenir dessinateur et peintre, Mauro consacre sa vie à la musique. Batteur très jeune, il crée une maison de production qui fait tourner des groupes de musique d’Amérique latine, de Scandinavie, d’Asie et d’Europe comme Noir Désir ou Shaka Ponk. Et c’est finalement ce qui l’amène à réaliser ses projets actuels : « On avait fait une pochette, en dessin noir et blanc, et on discutait avec les gens du groupe pour savoir comment on allait la peindre, on cherchait quelque chose en rapport avec le Chili. C’est un des membres qui m’a dit de le faire avec du vin ». La machine était lancée, la musique laissait place au dessin oenologique. L’aventure débute par une vaste idée de parler de l’histoire du vin. Commence alors un véritable travail de fourmi : « En France il n’y avait pas d’informations sur l’agriculture chilienne, il n’y avait aucun document qui l’expliquait de A à Z ». Jusqu’au jour où l’évidence s’impose. Parmi toutes ses recherches, un document attire son attention. Il atteste d’un lien étroit entre la viticulture bordelaise et celle chilienne, « c’était le lien direct entre mes origines et mon choix de vivre à Bordeaux ». C’est alors décidé, la bande dessinée retracera l’histoire commune de la France et du Chili autour de cet amour partagé de la vigne. Di Vin Sang commence à prendre racine.

2. Couverture de la bande-dessinée Di Vin Sang.

2. Couverture de la bande-dessinée Di Vin Sang.

Remonter les siècles, explorer l’Histoire et raconter le vin, la France et le Chili, telles sont les ambitions de Di Vin Sang. Une BD qui commence à l’arrivée des espagnols au Chili pendant la Conquête puis s’arrête en 1850. Parmi les nombreux événements marquants, l’un d’eux est représentatif de l’entente qui règne entre les Etats. La phylloxéra, maladie qui attaque les pieds de plante, sévit en France en 1867. Les grands viticulteurs français partent alors récupérer les pieds de vigne qu’ils avaient vendu au Chili. Cette histoire de solidarité, bonne entente et respect mutuel est peu connue à Bordeaux, pourtant haut lieu de l’oenologie. Di Vin Sang permet donc de retracer le passé, et à Mauro CEBALLOS de renouer avec ses origines, de les transmettre : « J’ai aussi créé cette bande dessinée pour expliquer à mes filles l’histoire du Chili, pourquoi on est là nous les chiliens, et l’importance de cet échange ».
Pour réaliser l’ouvrage, il a fallu trouver quel vin ses récits prendraient forme : « J’étais très ami avec le patron du Château De Bel. Quand j’ai eu cette idée je suis allé vers lui et je lui ai raconté mon projet. Il m’a d’abord pris pour un fou, il n’était pas vraiment sûr que ça allait marcher et j’ai réussi à le convaincre en lui disant qu’il risquait juste de perdre un carton de vin ». Le vin qu’utilise l’artiste est un Franc Le Bel, véritable « bébé du vigneron » tout droit sorti de son imagination : « C’est lui qui l’a créé, il a fait un assemblage de trois millésimes différents, et ça donne un vin de très bonne qualité. Autant peindre avec un vin qui ne soit pas de la piquette. Et puis le but c’était aussi qu’il soit vendable, que les gens puissent acquérir la bande dessinée et la bouteille ». Une fois cette sélection faite, il n’y avait plus qu’à créer. Ces couleurs si spécifiques s’obtiennent par une superposition de couches, une trentaine ont été nécessaires à la réalisation de la BD. 2200 heures de travail, ce qui laisse à l’artiste le temps de découvrir, journées après journées, le dessin prendre vie sous ce rouge bordeaux.

3. Mauro CEBALLOS en concert, photographié par Sergio SANTAMARIA.- Photographie digitale.

3. Mauro CEBALLOS en concert, photographié par Sergio SANTAMARIA.- Photographie digitale.

Mais Mauro CEBALLOS ne comptait pas s’arrêter là. Tout d’abord, le vin utilisé a fait l’objet d’une cuvée spéciale, embouteillée sous une étiquette élégante au nom de la bande dessiné. Puis un film est né, accompagné de compositions originales qui sortiront en disque, comme une façon de ne pas oublier le monde de la musique. « C’est devenu un projet pluridisciplinaire avec beaucoup de facettes, un dragon à plusieurs têtes ». Un animal aussi multiple que polyglotte, puisqu’une traduction en plusieurs langues est en cours. Avec cet emploi du temps déjà bien chargé, l’artiste se lance dans d’autres projets, et l’écart est assez surprenant. Pas de livres ou de dessins, mais un carrousel : « Comme il n’y a pas grand chose pour les enfants au Chili on va faire un manège franco-chilien avec des sujets de là-bas et un style rococo français ». Conduit avec plusieurs associés, le projet devrait s’étendre sur plusieurs années, afin de réaliser un manège multiculturel et autonome énergétiquement. Après nous avoir fait goûter aux essences du vin, il ambitionne ainsi de faire tournoyer la jeunesse chilienne. Un grand écart formel mais une ligne conductrice multiculturelle immuable.

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Bérangère DUQUENNE
berangere80200@hotmail.fr