Louise Martin

Les pieds bien ancrés dans notre société et le cœur tourné vers les autres, Louise MARTIN a toujours eu l’âme d’une artiste. Du granuleux de la sculpture à la poésie d’une lettre à soi-même, elle fait s’exprimer les émotions avec art.

1. Cher corps, de Louise MARTIN.- Paris, 2019.- Peinture au format A4. 

À 27 ans, Louise MARTIN est artiste plasticienne et thérapeute. Passionnée, elle a décidé d’allier travail et centres d’intérêts parce que les deux peuvent être intimement liés : « J’invite les personnes à se questionner, à se rencontrer elles-même à travers la création ». L’art-thérapie consiste en l’expression de soi, de ses sentiments et de ses émotions par une pratique artistique. La peinture ou le dessin deviennent vecteurs des profondeurs de l’âme, de ses méandres parfois inexplicables que l’on ne peut transmettre que par des images. « Expliquer ses ressentis aux autres avec une image, c’est parfois plus simple ». Ce constat, Louise MARTIN le tire avant tout de sa propre expérience : « Je suis une personne introvertie, et j’ai eu des expériences de vie qui ont fait que j’avais besoin de dire des choses mais je n’avais pas les mots pour les dire. L’art m’a permis d’en extérioriser, de m’exprimer et de me donner confiance en moi ». C’est par la sculpture qu’elle dit ses émotions. Ce qui lui plaît, c’est sentir le concret sous ses doigts puis voir se modéliser l’impalpable de la pensée ; « Cela me permet de mettre une image sur ce qui se passe en moi, ce que je ressens et mes questionnements ». L’une de ses sculptures, L’Homme et ses croyances limitantes, est « une représentation du pouvoir des pensées sur l’être ». Une femme, figurant l’être humain pour rappeler que le féminin est encore « particulièrement absent de la société », s’appuie sur une sphère qui « représente les croyances et les pensées sur nous-même, les étiquettes transmises de génération en génération, consciemment ou inconsciemment, et celles que la société nous colle. Les mains ne font qu’un avec la sphère car on absorbe ce que l’on pense, ces croyances deviennent nos pensées et ainsi notre réalité. Le bleu dans le dos symbolise la douleur que l’on ne voit pas et sur laquelle on s’appuie ». C’est ici la rencontre entre l’invisible et la matière, les pensées prennent vie et deviennent intelligibles.

2. L’Homme et ses Croyances limitantes, de Louise MARTIN.- Paris, 2016.- Sculpture en terre sur socle en pierre, au format 52x32x27cm.

Très intéressée par tout ce qui a trait au corps, Louise MARTIN exprime aussi bien dans ses créations que dans son métier d’art-thérapeute l’importance de se reconnecter à lui pour lâcher le mental, le laisser s’exprimer et prendre sa place dans le monde, des revendications non loin d’une certaine idéologie du féminisme. « Chacun a sa définition du féminisme. Pour moi c’est à partir du moment où un homme ou une femme est ce qu’il est. Si tu adores le rose, que tu portes des jupes, ça ne veut pas dire que tu es dans le stéréotype de la femme… Ce que je veux c’est pouvoir dire merde quand j’ai envie de dire merde, en prenant en compte l’autre mais en étant moi. Aujourd’hui il s’agit de se dire qu’il y a des comportements qui ne nous appartiennent pas, que nous reproduisons parce que nous avons vu notre grand-mère, notre mère ou notre sœur le faire et maintenant nous savons que ce n’est pas nous et nous voulons chercher qui nous sommes. »

3. Lettre de LAURYANNE à son corps.- Lettre manuscrite rédigée pour le projet L'être à son corps de Louise MARTIN.

3. Lettre de LAURYANNE à son corps, photographiée par Louise MARTIN.- 2019.- Photographie digitale d’une lettre manuscrite au format A4 rédigée dans le cadre du projet L’être à mon corps.

Il y a deux ans, Louise MARTIN lançait le projet L’être à mon corps sur Instagram (Image 3). Espace d’expression, ce projet invite des personnes à écrire à la main une lettre à leur propre corps. « Le travail sur soi est quand même pour un certain milieu, c’est assez fermé, alors  je voulais créer un mouvement thérapeutique différent et je me suis dis qu’une lettre à son corps, c’était plus ou moins accessible. » Après un appel sur les réseaux sociaux, Louise reçoit de nombreux courriers tous plus touchants les uns que les autres. L’objectif est de se « questionner sur soi-même », dans un environnement de bienveillance propice au lâcher-prise des émotions. La jeune femme cherche à mettre en valeur des lettres et les personnes qui les ont écrites. Avant d’en publier une sur Instagram, elle la prend en photo, choisit le tissu qui lui correspond, la mise en scène et les couleurs qui peuvent la faire ressortir. Épaulée par son équipe (Léa, Julie, Clémence et jusqu’à peu Juliette), Louise tend à aborder son projet sous d’autres angles. Elle souhaite organiser des tables rondes et des discussions autour de son thème, l’étendre à l’art de rue : « Danser, mimer ou jouer une lettre, la faire interpréter par des comédiens, permet à deux personnes de se rencontrer en fonction de ce qu’elles ont écrit. » Au-delà de l’extension de L’être à mon corps, Louise MARTIN construit toujours autour du corps et de sa représentation. Ainsi, Ca tëtonne se dessine peu à peu, l’idée étant de «  questionner le téton, de comprendre ce qui se passe, pourquoi on met des points sur les réseaux sociaux ». De nouvelles créations qui s’annoncent toujours aussi bienveillantes et bénéfiques autant pour ceux qui y prennent part que pour ceux qui les admirent. Véritable guérisseuse de la pensée, l’artiste et thérapeute semble bien déterminée à accomplir sa vocation, à accompagner des personnes à se révéler, se questionner, s’interroger sur ce qui leur a été transmis et regarder en face le rapport qu’elles entretiennent avec elles-même.

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Bérangère DUQUENNE
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