Aranthell

Aranthell

Artiste dans l’âme, ARANTHELL suit d’abord à l’université un double cursus en Arts plastiques et Esthétique après l’obtention d’un baccalauréat en art appliqué. À la fin de ses études, elle fait une brève incursion dans le monde de la bande-dessinée, avant de se lancer en tant qu’artiste plasticienne indépendante. Très marquée par l’ouvrage L’infra-ordinaire de Georges PEREC, elle explore depuis maintenant dix ans le monde du banal, de l’anecdotique et de la quotidienneté à travers la peinture, l’aquarelle, la photo et le moulage. Elle cherche ainsi à recentrer notre regard, habituellement attiré par l’extraordinaire, l’exotisme et le sensationnel, vers notre environnement le plus banal et trivial, de l’évier encombré aux morceaux de viande emballés et étiquetés aux couleurs des supermarchés (Image 1).

1. 0,730kg, par ARANTHELL.- 2015.- Huile sur toile au format 50x61cm, issue de la série Premier choix.

1. 0,730kg, par ARANTHELL.- 2015.- Huile sur toile au format 50x61cm, issue de la série Premier choix.

Son œuvre, à la fois visuelle et conceptuelle, prend la forme de séries exhaustives élaborées à partir d’un protocole prédéfini. Chaque œuvre bien qu’unique et autonome, s’intègre dans une série et lui donne sens. L’artiste n’intervient nullement dans la composition de ses tableaux. C’est de manière presque anthropologique qu’elle récolte et fixe, à l’aide de son appareil photo, les éléments de notre quotidien. Elle les reproduit ensuite avec fidélité et neutralité sur la toile. Le cadrage rapproché sublime alors ses objets d’une grande banalité et abolit la frontière entre la toile et son sujet. Des centaines de clichés de fruits et légumes jonchant les rues d’un marché ont par exemple donné naissance à la série 6 juin rue d’Aligre (Image 3) Les prises de vue les plus pertinentes plastiquement sont reproduites en peinture et constitueront à terme une grande mosaïque picturale.

2. Venise-Paris -3, par ARANTHELL.- 2018.- Huile sur toile au format 100x73cm, issu de la série Moucheture.

2. Venise-Paris -3, par ARANTHELL.- 2018.- Huile sur toile au format 100x73cm, issu de la série Moucheture.

C’est dans l’univers de l’alimentaire qu’ARANTHELL a en premier lieu puisé ses sujets. En effet, si elle s’éloigne très vite de la représentation humaine au profit de la nature morte, elle voit dans l’objet comestible un formidable sujet de représentation. Les aliments, périssables par nature, évoluent, se transforment, se dégradent et se décomposent. C’est ainsi avec beaucoup de plaisir et de virtuosité que l’artiste reproduit leurs textures et leurs couleurs, jouant sur l’ombre et la lumière. Toutefois, depuis quelque temps déjà, un nouvel intérêt porté au motif la pousse à explorer de nouveaux sujets, tel du papier peint, des écrans de jeux vidéos ou des panneaux. La photo ayant une grande importance dans son travail et dans son processus créatif, elle se plaît également à jouer sur les focales dans ses représentations picturales. Avec la série Mouchetures, elle s’amuse à confronter la netteté d’une mouche écrasée ou de stickers collés à une fenêtre à l’imprécision d’un paysage de fond (Image 2).

3. 14:00, par ARANTHELL.- 2017.- Huile sur toile au format 25x25cm, issue de la série 6 juin rue d'aligre.

3. 14:00, par ARANTHELL.- 2017.- Huile sur toile au format 25x25cm, issue de la série 6 juin rue d’aligre.

Au fil des ans, l’artiste a diversifié sa pratique, chaque projet imposant sa technique. La série Ambitions constitue par exemple un inventaire photographique de listes de courses abandonnées sur le parking d’un supermarché et collectées de manière systématique par notre plasticienne durant six mois. S’y déploient des écritures saccadées, rondes ou empâtées, tracées sur des morceaux de papier déchirés, froissés et malmenés, des post-its, enveloppes ou tickets de métro recyclés, chaque liste étant le témoin d’une vie, d’une personnalité et le manifeste d’une ambition à l’entrée du supermarché. Avec le moulage, elle rend anonymes des tubes industriels (alimentaires, pharmaceutiques, cosmétiques) reproduits en plâtre et défaits des impressions qui permettaient d’identifier la nature des différents packaging. La peinture à l’huile reste tout de même la technique de prédilection d’ARANTHELL. Les longues séances de peinture nécessaires à la réalisation d’une toile la plongent dans un état d’hypnose. L’œuvre se révèle progressivement au cours du long processus. Cette technique, exigeant des temps de séchage, permet en outre de travailler sur plusieurs œuvres à la fois. C’est simultanément que l’artiste développe ses séries tautologiques, la plupart n’ayant pas de fin annoncée. Quatre séries sont aujourd’hui en cours de développement et deux nouvelles verront le jour dans les mois à venir.

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Rachel Chenu
rachel.pausart@gmail.com