Marjolaine Salvador-Morel

Marjolaine Salvador-Morel

1. Argiope frelon déambulant au sein d’une sculpture de Marjolaine SALVADOR-MOREL ; Photographie de Dominique COUINEAU.- 2014.

Marjolaine SALVADOR-MOREL est une artiste du ressenti. Après un baccalauréat d’arts appliqués obtenu à Caen et des études en sculpture et histoire de l’art, c’est vers un CAP Arts de la dentelle option Aiguille qu’elle se tourne. Sa passion pour ce tissu lui vient de sa mère, Mylène SALVADOR-ROS, Maître d’art en dentelle aux fuseaux à Bayeux. Elle lui a transmis « sa philosophie et une manière de lire le monde à travers le fil ». Mais c’est une collaboration avec le Musée des Beaux-Arts et de la Dentelle d’Alençon qui marque le début de ses réflexions. L’idée lui vient alors « que cette matière devienne visible aux non-voyants et invisible aux voyants, en utilisant le fil de nylon ». Ce qui l’amène à s’interroger sur le regard, « la perception de notre environnement et des choses ». Si ce matériau n’était au début utilisé qu’à titre expérimental, il s’impose très vite « comme une évidence ». Le fil de nylon, qu’elle appelle « son compagnon de tous les jours », lui donne l’impression de « palper l’invisible » même si, comme l’écrit Antoine de SAINT-EXUPERY : « L’essentiel est invisible aux yeux. On ne voit bien qu’avec le cœur ». Tour à tour peintre, funambule, poétesse, Marjolaine SALVADOR-MOREL se définit avant tout comme l’exploratrice d’une dentelle qui devient l’écriture du sensible. Elle tend à « dépasser ce savoir-faire pour en faire une expression plastique », un medium poétique et délicat pour exprimer des questionnements intérieurs. Pour l’artiste, une œuvre est terminée lorsque « le fond et la forme ne font qu’un ».

2. Larmes de vie, par Marjorie SALVADOR-MOREL ; Photographie de Dominique COUINEAU.- 2017.

2. Larmes de vie, par Marjolaine SALVADOR-MOREL ; Photographie de Dominique COUINEAU.- 2017.- Installation – sculpture – réalisée avec fil de nylon, fil d’or ancien, balles acryliques, dentelle à l’aiguille et ses improvisations, au format (approximatif) 160x100x100cm.

Ses questionnements, ce sont ses sens qui les lui procurent : « J’ai besoin de ressentir les éléments». Quête d’une nature végétale et humaine, de ses racines, de sa filiation… C’est une véritable analogie entre la nature et l’Homme que propose Marjolaine SALVADOR-MOREL. Dans son oeuvre, la sphère représente à la fois la cellule du corps humain, le ventre maternel et la planète sur laquelle nous vivons. La spirale est « la circulation du sang dans nos veines et celle de l’eau dans les ruisseaux ». Les racines ce « cordon ombilical du monde végétal », comme dans l’installation Larmes de vie (Image 2): « Ce sont trois larmes toutes veinées de fil d’or qui en se rapprochant du sol se transforment progressivement en organisme vivant. La troisième larme est dotée de racines qui caressent la terre ».
Les expositions de Marjolaine sont de véritables cabinets de curiosités. C’est d’ailleurs dans cet objectif qu’elle les conçoit : « Le cabinet de curiosités met en scène une vision du monde et de ses mystères. C’est un lieu unique, dédié aux savoirs, qui relie l’art et la science et nourrit les questionnements liés aux origines ». De ce lieu à l’ancienne bibliothèque mystérieuse où trônent sous des vitrines de verre de vieux livres écrits dans une langue des temps anciens, il n’y a qu’un pas. La plasticienne se transforme souvent en lectrice férue, se plongeant dans l’imaginaire de livres qui sont pour elles « des puits de savoir » et provoquent un « émerveillement indispensable. Ce qui nous émeut nous élève ». L’émerveillement pour chaque chose, voilà la clé de son inspiration. En 2009, elle crée ainsi l’installation Cocon (Image 3) suite à une rencontre au pas de sa porte avec une araignée, sauvée de peu de l’écrasement mortel d’une chaussure de marche imposante : « L’humain avance avec ses gros godillots sans regarder où il met les pieds, sans précautions, sans mesurer qu’il peut être un danger pour d’autres espèces vivantes ». Elle découvre par des recherches le processus de maternité de cette araignée qui lui inspire son oeuvre : « Quand le cocon est fini, elle n’a plus la force de construire une toile pour se nourrir. Elle meurt. Son cocon traversera les intempéries de l’automne et de l’hiver. Les petites araignées en sortiront au printemps. Ce magnifique symbole de vie a déclenché quelque chose en moi. »

3. Cocon, par Marjorie SALVADOR-MOREL ; Photographie de Dominique COUINEAU.- 2009.

3. Cocon, par Marjolaine SALVADOR-MOREL ; Photographie de Dominique COUINEAU.- 2009.- Sculpture, installation réalisée avec fil de nylon et plexiglas, dentelle à l’aiguille et ses improvisations, au format 55x34x34cm.

Après une exposition à Bruges qui lui a demandé beaucoup de travail, Marjolaine SALVADOR-MOREL a besoin de « reprendre sa respiration ». Mais les projets ne sont jamais bien loin. Vous pourrez la retrouver dans une exposition collective au Musée du Textile et de la Mode de Cholet (49) de mars à septembre 2019 et à Athis-de-l’Orne (61) dans le jardin Intérieur à ciel ouvert de Dominique et Benoît DELOMEZ du 10 mai au 30 juin 2019. L’occasion de prendre un véritable bain de jouvence, dans lequel on peut se sentir à la fois disparaître en cet univers de transparence et rattrapé par nos sens, minuscules dans ce monde qui nous entoure et inévitablement vivant.

Suivre Marjolaine SALVADOR-MOREL :

Bérangère DUQUENNE
berangere80200@hotmail.fr


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