Anaïs Prouzet

Anaïs Prouzet

1. Elle la cacha au fond de la forêt et n'en parla à personne, par Anaïs Prouzet.- 04/2018.- Dessin réalisé au crayon et à la pierre noire sur papier au format 102x65 cm.

1. Elle la cacha au fond de la forêt et n’en parla à personne, par Anaïs Prouzet.- 04/2018.- Dessin réalisé au crayon et à la pierre noire sur papier au format 102×65 cm.

Anaïs PROUZET est une jeune artiste diplômée de l’École supérieure des beaux-arts de Nantes Métropole depuis un an. Si durant ses études elle expérimente d’autres techniques, c’est assez naturellement qu’elle revient, depuis trois ans, à son premier amour, le dessin. Chaque nouvelle œuvre est pour elle un défi technique qu’elle prend plaisir à relever. Très marquée par les maîtres de la Renaissance italienne et la peinture religieuse, elle accorde une grande importance à la composition mais également au symbolisme des images. Le foisonnement des détails, des matières et des textures, rendus avec une grande minutie, impose à l’œil un travail de décryptage. Par ce procédé, elle parvient à créer un univers étrange et symbolique au sein duquel évolue la figure féminine, tantôt douce, cruelle ou énigmatique.

2. Mise au tombeau, par Anais PROUZET.- 06/2018.- Dyptique réalisé aux crayon sur papier et lead pencil, au format 165x95cm.

2. Mise au tombeau, par Anaïs PROUZET.- 06/2018.- Dyptique réalisé aux crayon sur papier et lead pencil, au format 165x95cm.

À travers ses représentations ce sont les rapports de rivalité entre les femmes, observés dès l’enfance, qu’elle cherche à interroger. Le harcèlement scolaire, les jeux cruels et les comportements de groupe sont au cœur de ses dessins. La littérature enfantine, telle Les Malheurs de Sophie ou Alice au Pays des Merveilles, mais également les traités de psychologie ou de sociologie, comme Les jeux et les hommes de Roger CAILLOIS, viennent nourrir sa réflexion. Elle est également très attentive à l’actualité artistique, mais aussi médiatique, et notamment à l’instrumentalisation de la figure de l’enfant. Ces sources d’inspiration éparses et hétéroclites, elle les consigne dans des carnets de recherches. C’est ensuite par association d’idées qu’elle va construire son sujet. La série La descente des mortes, composée de trois tableaux, est par exemple née de l’observation de la une du quotidien Libération paru le 6 avril 2017 à la suite des attentats chimiques ayant eu lieu en Syrie (Image 3). La photographie, en première page de couverture, avait alors fait polémique. On y observait l’enchevêtrement de cadavres d’enfants dévêtus, ressortant sur un fond noir. L’esthétique de cette image très choquante évoque immédiatement à Anaïs PROUZET l’iconographie religieuse et plus particulièrement la Descente de Croix de Rogier VAN DER WEYDEN dans laquelle se retrouvent cet entremêlement de corps et l’évocation de la mort. Ainsi, tout comme dans la Pietà où le Christ, durement éprouvé, repose dans les bras de Marie, notre jeune dessinatrice a souhaité créer, pour ces enfants ayant vécu un grand trauma, une forme douce et moelleuse sur laquelle se reposer.

3. La descente des mortes I, par Anais PROUZET.- 04/2017.- Dessin réalisé aux crayon sur papier et lead pencil, au format 120 cm x 114 cm.

3. La descente des mortes I, par Anaïs PROUZET.- 04/2017.- Dessin réalisé aux crayon sur papier et lead pencil, au format 120 cm x 114 cm.

Nous le comprenons aisément ici, les titres des dessins d’Anaïs PROUZET, bien que parfois énigmatiques, sont également présents pour donner des clés de lecture. Mise au tombeau (Image 2) évoque ainsi la mise sous terre d’un enfant. Toutefois, afin d’accentuer le dramatique de la scène, la jeune artiste n’hésite pas à représenter l’enfant vivant, effrayé par ce qui ne manquera pas de lui arriver. Ce procédé narratif est directement inspiré par le travail d’Angelo DI MARCO, illustrateur de faits divers des années 60, qui représente avec beaucoup de réalisme l’ultime moment avant le crime, invitant ainsi le spectateur à achever mentalement l’acte criminel. Le titre du tableau Elle la cacha dans la forêt et n’en parla à personne (Image 1) évoque quant à lui les contes et par extension la narration, suggérée dans l’œuvre par le phylactère qui se fond dans le foisonnement de la végétation. Si dans l’art chrétien cette petite banderole se déploie afin de donner parole aux personnages, ici l’écriture est cryptée gardant ainsi à jamais le secret de la jeune fille.
Alors que jusqu’à présent l’enfance était au cœur du travail d’Anaïs PROUZET, elle tend depuis peu à faire vieillir ses personnages, menant ainsi une réflexion sur la femme adulte. Ses nouveaux dessins seront exposés dans quelques mois au Pôle culturel Chabran à Draguignan, dans le cadre d’une exposition personnelle. Mais il est également possible, dès aujourd’hui, d’observer quelques œuvres de l’artiste à la Galerie Albane à Nantes ainsi qu’à l’Artothèque de Draguignan.

Suivre Anaïs PROUZET :

Rachel Chenu
rachel.pausart@gmail.com


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