Quentin Carnaille

« Pour faire plaisir à mon père j’avais vu des mécanismes de montres de petites tailles – il aimait les montres – alors j’ai bricolé des boutons de manchettes avec ces petits mécanismes et c’est comme ça que c’est parti. » Si vous êtes lillois ou fervent amateur d’art contemporain, vous n’avez pas pu passer à côté de Quentin CARNAILLE. Ce jeune artiste n’a pas fini de mettre nos certitudes et notre manière de voir le monde à l’épreuve.

1. Anonymity, par Quentin CARNAILLE.- 2017.- Photographie au format 45x45cm, tirée sur papier Fine Art en douze exemplaires.

1. Anonymity, par Quentin CARNAILLE.- 2017.- Photographie au format 45x45cm, tirée sur papier Fine Art en douze exemplaires.

Après une scolarité en dents de scie et des choix d’études supérieures incertains, c’est en école d’architecture que l’artiste trouve ses aises. « Pour la première fois de ma vie j’étais dans les trois meilleurs sur deux-cent cinquante, alors que j’ai toujours été plutôt le dernier. C’était vraiment une énorme révélation. » Mais la fin des études approchant et la théorie de l’école se confrontant aux contraintes de la réalité du métier d’architecte, l’étudiant plein d’ambitions se rend bien compte qu’il s’éloigne de son rêve, celui de « pouvoir réinventer le monde, le remodeler à (sa) manière, créer quelque chose d’inédit. » Il décide donc « par un concours de circonstances » de se lancer dans quelque chose de plus artistique et de créer des montres. Mais pas n’importe lesquelles. En bidouillant des boutons de manchettes pour son père, un aimant se retrouve posé là, créant un amas de pièces sans aucun ordre logique. Le désordre sera son premier credo. Ses montres s’inspireront de cette anecdote et ne seront que purement esthétiques puisqu’elles ne donneront pas l’heure. Mais rapidement, cela ne suffit plus. « J’ai pris conscience que le travail que je faisais avec les pièces d’horlogerie avait une connotation art décoratif, un art du passé. » Il a cette fâcheuse impression de faire quelque chose de « déjà obsolète » et aspire à une forme de création plus proche de sa définition de « l’Art avec un grand A », celle « d’être dans une logique de recherche et d’anticiper ce que sera l’Art de demain ». L’étape suivante est donc un art qui a pour but de « valoriser plus l’idée que l’objet », de ne pas chercher à exposer des nouvelles manières de faire mais bien de mettre en avant l’immatériel, et de faire naître une réflexion. Mais pas question de renier le passé. Ce premier chemin artistique lui a permis d’arriver à celui qu’il emprunte aujourd’hui : « J’ai compris que ce que j’avais développé ne rentrait pas dans le paradigme de l’art contemporain et donc j’ai voulu faire de ce constat le sujet de mon travail conceptuel : l’existence singulière au sein de la collectivité. » Voilà, le thème est trouvé.

2. Apesanteur, par Quentin CARNAILLE.- 2014.- Sculpture constituée de pièces d'horlogerie magnétisables - ancres, vis, rouages,... - de 13cm de diamètre sur 2cm d'épaisseur en lévitation sur socle en poirier noir de dimensions 26x26cm.

2. Apesanteur, par Quentin CARNAILLE.- 2014.- Sculpture constituée de pièces d’horlogerie magnétisables – ancres, vis, rouages,… – de 13cm de diamètre pour 2cm d’épaisseur en lévitation sur socle en poirier noir de dimensions 26x26x136cm.

Les cubes de miroirs jonchés sur la tête de plusieurs statues de la capitale des Flandres à la rentrée dernière, c’était bien lui ! Parfaitement en accord avec cette réflexion autour de la singularité des individus au sein d’un collectif, le projet Identité questionne l’altérité, la part qu’ont les autres dans notre propre construction identitaire. Présent dans bon nombre de ses projets, ce cube représente « la fausse tentative de l’humain à vouloir rationaliser les choses », une sorte d’invitation à voir le monde dans une réalité beaucoup plus aléatoire qu’ordonnée. Conscient que cette réflexion qu’il a le désir de partager n’atteint pas tout le monde, Quentin CARNAILLE reste néanmoins convaincu que son projet a marqué les esprits. « Je pense qu’inconsciemment le message est passé. Il y a des gens qui sans le savoir ont pris conscience de quelque chose. » S’il ne devait choisir qu’une seule et unique oeuvre parmi les siennes, ce serait « celle du futur ». Un pavillon en cube dans lequel se retrouverait un autre pavillon, et tous deux seraient remplis de miroirs. « Lorsque l’individu rentre dans le premier cube il se voit à l’infini par reflet de miroir. Ensuite la lumière s’atténue dans la partie centrale et par effet d’optique l’individu disparaît physiquement et se retrouve dans un environnement infini dont il est exclu. On est dans une double phase ; omniprésence du moi physique, unique présence du moi psychique. » Ce pavillon, il a l’ambition de le faire voyager, notamment à l’ancienne Bourse du commerce de Paris, aujourd’hui reprise par le collectionneur François PINAULT qui compte en faire un havre de l’art contemporain.

3. Identité, par Quentin CARNAILLE.- 2017.- Sculpture lilloise au visage recouvert d'un cube facetté de miroirs, production artistique s'inscrivant dans le projet d'installation urbaine Identité.

3. Identité, par Quentin CARNAILLE.- 2017.- Sculpture lilloise au visage recouvert d’un cube facetté de miroirs, production artistique s’inscrivant dans le projet d’installation urbaine Identité.

Et l’avenir alors ? Dans cinq ans, il aimerait « recouvrir la tête de la statue de la Liberté en miroir sans tain pour qu’il y ait un échange entre les personnes à l’intérieur et celles à l’extérieur. » Tout cela en ayant « un pied-à-terre à New York et un autre sur une île déserte », parce que Quentin CARNAILLE est un homme de l’ambivalence, du paradoxe , du « noir et blanc » qui « trouve important d’essayer de saisir l’intégralité du monde. » Inspirant, non ?

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Bérangère DUQUENNE
berangere80200@hotmail.fr


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