Kalguar

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Interview de Kalguar, illustrateur et artiste-tatoueur gérant du salon de tatouage Kalguar Tattoo shop à Domfront (61). 

1. Tatouages réalisés par Kalguar.- 2017.

1. Tatouages réalisés par Kalguar.- 2017.

Avant d’être tatoueur, vous êtes illustrateur. Comment votre exercice du dessin a-t-il évolué au cours du temps ? 
J’ai depuis tout petit dessiné un peu partout. A la maison, en classe sur mes cahiers de cours, me faisant réprimander par mes profs, avec les copains les jours de repos ou de vacances… J’ai finalement décidé sur le tard, à 20 ans, de faire de ma passion mon métier après avoir travaillé dans le funéraire plusieurs années. Je suis donc parti de chez ma mère avec mon baluchon, payant mes études moi-même, bien décidé à devenir à ce moment-là animateur 2D. Je rentre à l’école Pivaut à Nantes sur dossier n’ayant pas mon Bac. J’attaque une année préparatoire, puis une année de tronc commun en narratif où je commence à découvrir des univers artistiques différents. Comme la peinture académique, l’illustration, la BD. C’est à ce moment que je décide finalement de changer de voie et de devenir peintre illustrateur. Je finis l’école diplômé de deux années en section Illustration, dans laquelle j’aurais eu la chance d’avoir des profs extraordinaires. C’est à ce moment-là que tout commence pour moi, la vie en freelance ! Ayant un style plutôt réaliste en illustration, j’ai dû me battre pour réussir à travailler dans les univers qui me branchaient. Grand passionné de la Seconde Guerre, j’essayais tant bien que mal de percer dans ce milieu, qui ne me rapportait pas grands contrats. C’est finalement l’univers du jeu de rôle qui me fera travailler le plus, principalement dans l’univers de l’horreur moderne, enchaînant des scènes de meurtres, mutilations et autres étrangeries funèbres ! Mon univers s’est construit plus ou moins de cette façon.

Vous décidez ensuite de pratiquer votre art via le tatouage.
Après plusieurs années de freelance et étant déçu des méthodes de travail des maisons d’édition je réfléchis à muter sur un autre courant. J’ai attendu mes 18 ans pour avoir mon premier tatouage. Le tattoo a toujours été une passion pour moi ! J’adorais ça, j’admirais les gens dans la rue qui portaient des pièces apparentes et encore plus les tatoueurs qui pratiquaient un art des plus complexes à mes yeux d’ado. Au moment de mon changement de voie, le tattoo étant toujours très présent dans ma vie, je me suis dit pourquoi pas, finalement ce n’est que changer d’outils ! Mais ce n’est pas aussi simple que cela. J’ai passé une bonne année à apprendre moi-même et comprendre les machines ou la dermographie, d’abord sur peau synthétique puis sur peau de cochon. Pour finalement un jour me lancer sur ma compagne, et sur un copain, et le pote du copain, etc. Ayant des retours très positifs de mes premiers cobayes, je décide d’ouvrir mon tout premier shop en 2015 dans un petit village de l’Orne.

2. Tatouages réalisés par Kalguar.- 2016.

2. Tatouages réalisés par Kalguar.- 2016.

Mais vous avez récemment ouvert un nouveau tattoo shop à Domfront (61). Quel démarrage connait celui-ci ? Comment s’organise-t-il ?
Le premier salon était un  » coup d’essai « . N’étant pas du tout connu en Normandie, je ne savais pas du tout si j’allais percer dans le milieu, d’autant plus dans une bourgade de 400 habitants. De fil en aiguille, les mois ont passé et ça a parlé de moi un peu partout, bon signe quand c’est en bien ! Le bouche-à-oreille a fait son travail et mon carnet de rendez-vous s’est rempli. Me faisant connaître de plus en plus et dans d’autres départements, la confiance s’est installée. Après trois ans dans le premier salon je décide de voir plus grand, et plus beau ! Je fais l’acquisition d’un très bel immeuble médiéval dans le vieux Domfront, toujours dans l’Orne, où j’ouvre le 2 janvier 2018 la version 2 du Kalguar tattoo Shop. Ce nouveau shop tourne du lundi au vendredi de 13h30 à 19h, avec trois jours tattoos et deux jours plutôt consacrés à mes clients, afin de les rencontrer pour leurs projets et bosser sur les modèles.

Dessiner avec une machine à tatouer, pour vous, c’est quoi ?
Ca a été pour moi une grosse frustration au début ! J’ai un niveau en dessin, illustration, peinture, et là, du jour au lendemain, je me retrouve avec cette machine qui fait du bruit, qui vibre et qui est lourde. Et avec laquelle je n’arrive pas du tout à faire mes illustrations en tattoo. Il a fallu apprendre et réapprendre pour arriver à rejoindre les deux ensemble ! Chose acquise depuis.

3. Tatouage représentant une scène de largage lors de la Résistance française, par Kalguar.- 2018.

3. Tatouage représentant une scène de largage lors de la Résistance française, par Kalguar.- 2018.

Comment dessinez-vous ? Appréhendez-vous de la même manière un support comme le papier ou la tablette que celui de la peau ?
Je suis autant à l’ancienne qu’à la moderne ! J’aime aussi bien bosser à l’huile sur un carton toilé fait maison que sur ma tablette graphique, ayant quand même beaucoup baigné dans le matte painting et les illustrations numériques en tous genres. Pour moi le dessin sur papier ou tablette est une étape primordiale du tatouage, tout comme je prépare des études au crayon avant de peindre une toile. Je travaille de la façon qui conviendra au mieux au support ou au style que je vais devoir faire sur la peau ou sur la toile. Pour moi rien ne change, seulement l’outil final utilisé.

Quelle est la patte artistique de Kalguar et ses particularités ? Diriez-vous que vous évoluez dans un style ?
J’ai toujours été dans le réaliste quelque soit ma période ou l’outil, toutefois dans le tattoo on pourrait me caser dans les styles Dark Realism et Black and Grey Realism, mon univers tournant beaucoup autour de crânes humains, animaux, anatomies, toujours avec un esprit sombre. Néanmoins, ayant toujours une démarche d’illustrateur, je m’adapte beaucoup à la clientèle, m’ouvrant sur des univers divers et variés  en restant malgré tout dans mon style en noir et gris.

Quels projets nourrissez-vous pour la suite ?
Je souhaite faire évoluer mon salon avec l’arrivée d’un pierceur. Et de façon plus personnelle, continuer à évoluer dans mon style, pour atteindre je l’espère un jour le niveau que je souhaite avoir. C’est sur la bonne voie en tout cas. Sinon rien de spécial, je suis plutôt à avancer au jour le jour, l’avenir me le dira donc !

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Jane Valude
janevalude@gmail.com

Administratrice et rédactrice en chef du site PausArt.



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