Edouard Ladune

1. Du bout de la Jetée, par Edouard LADUNE.- 2014.- Photographie argentique prise à Fermanville.

1. Du bout de la Jetée, par Edouard LADUNE.- 2014.- Photographie argentique prise à Fermanville.

Édouard LADUNE a toujours été attiré par l’architecture et l’urbanisme. Enfant déjà, il dessinait des villes imaginaires. L’histoire humaine qui transparaît à travers le patrimoine bâti le fascine. C’est dans cette perspective qu’il intègre l’Ecole Nationale Supérieure d’Architecture de Bretagne (Rennes). Durant ses études, il est marqué par le travail et les théories d’Eugène VIOLLET-LE-DUC, un architecte du XIXe siècle qui n’hésite pas à détourner l’existant afin de raconter une histoire à travers l’architecture, une histoire humaine révélée par les choses de la vie, l’usage et l’usure, l’anecdote, le détail où s’installe le souvenir. C’est également cette approche qu’Édouard LADUNE admire chez Peter ZUMTHOR, l’architecte à l’origine du Kolumba Museum de Cologne. Ce bâtiment, qui conserve une collection d’objets liturgiques, a été construit sur les ruines d’une église détruite par les bombardements de la Seconde Guerre mondiale. Cette dernière est demeurée visible grâce à l’aménagement d’une crypte archéologique et à son plan, reproduit à l’échelle du musée. Ainsi, l’architecte, loin de rejeter l’histoire, se l’approprie afin de dépasser la simple conservation.

2. Triptyque de trois matières, par Edouard LADUNE.- 2017.- Dessin à l'encre sur papier au format original 10X15cm.

2. Triptyque de trois matières, par Edouard LADUNE.- 2017.- Dessin à l’encre sur papier au format original 10X15cm.

Aujourd’hui diplômé, Édouard LADUNE a intégré un cabinet d’architecture. Bien qu’il se soit écarté de la conservation du patrimoine, il est régulièrement amené à intervenir sur des bâtiments préexistants. La ville contemporaine est pour lui un agrégat complexe d’usages qu’il faut comprendre. Le dessin et la photographie lui permettent de nourrir sa réflexion autour de l’architecture comme héritage de l’histoire humaine. La

photographie qu’il pratique depuis une dizaine d’années
est avant tout documentaire. Elle nourrit ses recherches. Ses prises de vue nous révèlent que l’homme détermine, volontairement ou non, l’usage de toute œuvre architecturale. Un égout qui se jette dans la mer peut ainsi devenir une jetée et un lieu de rendez-vous pour admirer l’horizon (Image 1). Pour Édouard LADUNE chaque image doit faire sens. C’est pourquoi il préfère l’argentique au numérique, le nombre de vue limité l’obligeant à choisir le moment qu’il souhaite fixer, à étudier avec soin la composition.
Sa pratique du dessin a grandement évolué à la fin de ses études. Il se libère progressivement de la technique académique acquise durant sa formation afin de se laisser guider par le crayon. Il s’intéresse à présent davantage au processus qu’au rendu final. Ses dessins, plus libres et intuitifs, ne sont pour lui que des outils de recherche destinés à faire naître une réflexion ou faire ressurgir des souvenirs. C’est ainsi qu’il commence à dessiner des matériaux issus du quotidien et marqués par l’usage et le temps (Image 2). Il dessine tout d’abord des motifs de bois, un matériau rendu très expressif et graphique par son veinage. Chaque planche est unique, car elle vient d’un arbre particulier, mais par sa découpe générique nous en faisons un objet sériel. Aujourd’hui, Édouard LADUNE possède une quarantaine de dessins de matériaux. À travers ceux-ci, ce sont des souvenirs qu’il cherche à fixer. Chaque petit détail ou imperfection venue perturber le rendu d’ensemble – comme des dalles un peu usées et penchées dans un sol de tommettes – raconte une histoire. C’est par une alliance de lignes et de points, en jouant sur les noirs et les blancs, qu’il parvient à révéler la lumière et la matière, de manière presque photographique.

3. Carton n°7, par Edouard LADUNE.- 2017.- Dessin à l'encre bleue sur papier.

3. Carton n°7, par Edouard LADUNE.- 2017.- Dessin à l’encre bleue sur papier au format 20X15 cm.

Ces dessins, avant tout conçus comme un inventaire personnel de matières, n’avaient pas pour vocation d’être exposés. Toutefois, en les produisant dans des lieux publics, en bibliothèque ou dans des cafés, le jeune architecte est régulièrement interpellé. Ces motifs questionnent et éveillent des sensations ou des souvenirs chez les passants. Le petit format crée un rapport d’intimité avec les matériaux représentés. Ils sont qualifiés de « bruyants », ils évoquent le parquet grinçant d’une grand-mère ou les briques d’une maison d’enfance. Afin de recueillir ces témoignages et de les intégrer à sa réflexion sur l’architecture, Édouard LADUNE monte sa première exposition, en juin dernier, dans la librairie Planète Io à Rennes. De par sa formation, il a un regard technique très formaté, l’opinion du public, souvent néophyte, lui apporte un nouveau point de vue, parfois très pragmatique sur notre rapport sensible et sensitif à la matière, sa présence dans l’espace de notre quotidien. Le jeune architecte souhaite poursuivre sa recherche autour de cette réflexion en continuant d’augmenter sa collection de matériaux. En parallèle, il travaille également sur un nouveau graphique autour de l’urbanité et de la densité des rapports humains (Image 3). À travers ce projet, il questionne la forme de la ville, comme une chose mouvante et vivante, témoin de l’activité et de l’histoire humaine.

Suivre Édouard Ladune sur son site web

Rachel Chenu
rachel.pausart@gmail.com


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