Yanis Lopez

Yanis Lopez

1. Création, par Yanis LOPEZ.- 01/2017.- Dessin réalisé avec des techniques mixtes au format 90x73cm.

1. Création, par Yanis LOPEZ.- 01/2017.- Dessin réalisé avec des techniques mixtes au format 90x73cm.

Quel est votre parcours, celui qui a façonné l’artiste Yanis LOPEZ et sa démarche artistique ?
Je suis né à Chartres de deux parents artistes-peintres, Pablo LOPEZ et Michèle SABATE. Du coup depuis tout petit, pour moi, « faire de l’art » c’est normal. Je les voyais faire et à quatre ou cinq ans j’ai réalisé mes premières toiles. Mon père m’engueulait souvent en me disant « C’est pas fini ! Une toile ne se fait pas en un jet, il faut que tu continues de la travailler. » Ça m’a marqué, maintenant je passe énormément de temps sur mes œuvres. Il faut savoir que j’étais un enfant assez compliqué. Très intelligent pour mon âge, je me posais pleins de questions existentielles. Parallèlement j’étais aussi très colérique et imprévisible, un enfant assez « déstabilisant » paraît-il. J’avais un grand besoin d’extérioriser mes émotions et c’est avec le dessin et les arts plastiques que j’ai trouvé mon défouloir.
J’ai eu plusieurs déclics artistiques. Le premier, j’avais cinq ans. Mes parents nous ont dit à mon grand frère et moi qu’on déménageait, on allait vivre à l’autre bout du monde en Guyane. J’ai piqué une des plus grosses crises d’hystérie de ma vie… Celle-ci « s’écroulait », j’allais quitter tous mes repères. Je suis monté en furie dans ma chambre, j’ai pris des pastels à l’huile et une toile que j’avais peinte, celle que je préférais, et je me suis mis à dessiner dessus une école avec un géant qui la détruisait à coups de massue géante. J’y ai déversé toute ma rage et ma tristesse. Après ça allait mieux mais ma toile préférée est devenue celle que je détestais. Puis on est partis s’installer à Saint-Laurent-du-Maroni. Il m’a fallu environ deux-trois ans pour me remettre à sourire. Je me suis ensuite épanoui complètement dans ce monde très différent. Mes parents devinrent vite les « peintres connus du coin », mon père surtout qui était mon modèle, mon « idéal ». On allait même visiter ses expos avec ma classe. Ils organisaient des sessions de modèles vivants auxquels on participait avec mon frère. Là-bas, j’ai découvert la nature, la vrai. Mais aussi une réalité bien moins visible en métropole : la misère, les crimes, la formule de la survie « mo pa mélé » – à traduire par « ça ne me concerne pas ». Le sexe aussi qui commence très jeune là-bas ; au collège il était fréquent que les gamines aient des enfants, soient enceintes ou même se prostituent. Bref un tas de choses a alimenté mon « esprit perturbé en quête de vérités et d’identité ». J’ai débuté le dessin automatique à onze ans ; alors que je dessinais des trucs en regardant Pirates des caraïbes, une tête d’aigle est apparue sur ma feuille. Ce fût le coup de foudre ! A mes 12 ans, mes parents avaient déjà divorcés et ma mère est rentrée en métropole avec mes frères et moi. A l’époque je la détestais et à l’inverse adorais mon père que je n’ai vu que rarement pendant cinq ans. Deux années de dépression ont suivi. Plus le temps et les « traumatismes » se superposaient, plus j’étais créatif, mon art se nourrissait de mes frustrations et idées noires. Devenir artiste était une ambition, que je me suis vite fixée. Mais je ne voulais en aucun cas être sur le terrain de mes parents. Déjà qu’on me comparait bien souvent à eux… Je voulais surtout surpasser mon père ! C’était mon « but ultime » à l’époque. J’ai travaillé, travaillé et travaillé encore ! J’enchaînais les dessins dans un style abstrait et purement automatique car je dessinais « comme ça sortait ».
2009-2011. J’habite en région parisienne, je veux être artiste, je suis encore et toujours dépressif et solitaire. Ma mère est aussi comme ça d’ailleurs. Tentative de suicide ratée, elle se fait directement internée. Mon grand-frère vit provisoirement chez ma tante, mon petit frère chez mes grands-parents paternels. Moi je reste là, j’habite avec le copain de ma mère au moins aussi dépressif, il se défonce toute la journée. J’ai 14 ans, je suis livré à moi même quelque part… Je décide de grandir ! Bon je ne le fais pas vraiment d’une façon sérieuse puisque je me met à fumer des clopes et des joints, à faire des soirées et à picoler mais quoiqu’il en soit je suis soudainement devenu plus sociable. Arrivé au lycée, tout allait bien, ma mère était sortie de l’hôpital, ça lui avait fait du bien, et on a déménagé en Vendée où j’ai vraiment débuté ma vie de lycéen. J’étais en internat et j’ai dessiné à fond, l’option Arts plastiques était au top ! L’internat contrairement aux idées reçues m’a apporté beaucoup de libertés, de création notamment. Je me rebellais un peu contre la société. Tu vois ce hippie communiste artiste au lycée hyper cliché et que tout le monde voit qui c’est ? Bah c’était moi ! Je me suis lancé dans le pointillisme, ce qui me permettait aussi bien de faire du réalisme que de l’écriture automatique. Les prémices de ma « patte artistique actuelle ». Après avoir passé le bac et réussi le concours d’entrée à l’école Pivaut (Nantes) je l’ai intégrée en première année d’arts appliqués. Ce fût une époque… Atroce. Je ne pouvais plus créer ce que j’aimais ou devais faire des devoirs qui ne me plaisaient pas. Sans vision artistique, sans ma démarche de travail, juste de la technique… Je n’avais plus de vie sociale et travaillais jour et nuit. Je n’ai pas tenu toute l’année, j’en avais marre ! Je me suis directement remis à dessiner mes œuvres une fois parti. Cette année dans cette école ne m’a cependant pas été inutile car j’ai appris ce que j’aurais mis trois ou cinq ans à apprendre techniquement et suis devenu bien plus rigoureux. J’ai passé un an à créer sur un format encore plus grand, je me suis perfectionné. Même si je n’étais plus étudiant il fallait continuer, je devais ne pas regretter mon arrêt de l’école et me surpasser ! Aujourd’hui, deux ans plus tard donc, je continue, mais je travaille en même temps afin de pouvoir être indépendant et ne plus rien devoir à personne.

2. Le Moi Universel, par Yanis LOPEZ.- 03/2017.- Dessin réalisé avec des techniques mixtes au format 110 x 89 cm.

2. Le Moi Universel, par Yanis LOPEZ.- 03/2017.- Dessin réalisé avec des techniques mixtes au format 110 x 89 cm.

Vous vous présentez comme un dessinateur surréaliste. En quoi ?
En soi quand je me dis « surréaliste » c’est du non-sens, le surréalisme est un courant qui est mort et était très codé. Ma démarche est d’une certaine façon proche de ce courant étant aussi axé sur l’inconscient. Je me dis « surréaliste » pour vulgariser, si je me disais « dessinateur contemporain » les gens penseraient que je fais du conceptuel alors que bien que je m’appuie sur ma démarche et donc un certain concept, je ne me bloque pas à ça. En vérité je ne suis aucun réel mouvement, je m’inspire de certains en fonction des techniques que j’ai à utiliser, des pointillistes aux expressionnistes abstraits en passant par les surréalistes, l’art brut, les réalistes, le maniérisme, le néo-classicisme. En fait le réalisme ne m’intéresse pas. L’hyperréalisme, bien que techniquement je respecte ce mouvement et les artistes qui y sont affiliés, m’a toujours royalement fait chier et je l’ai toujours trouvé sans intérêt : autant faire de la photo directement que d’en reproduire en peinture ou en dessin. Ce qui m’intéresse ce sont les travaux tels que ceux de Ron MUECK qui se servent de la technique mais vont plus loin. Cet artiste en créant des sculptures immenses et hyperréalistes nous met à la place d’insectes face à l’humain. Aujourd’hui l’Art doit aller dans ce sens d’après moi : plus loin que la simple réalité, montrer ce que nos yeux sont normalement incapables de voir. C’est ce que je veux faire, questionner notre réalité de simples humains incapables de voir réellement ce qu’est le monde et l’Univers. Pour moi il faudrait avoir accès à la « réalité » de chaque chose de cet univers, chaque être, chaque microparticule même… On peut d’une certaine manière dire que je cherche « Dieu » et pour cela je ne crois pas en la logique, la logique et le conscient bloquent les accès. L’inconscient ouvre plus de portes dans un monde spirituel. J’ai tendance à penser que ce n’est pas vraiment moi qui dessine, ma main ne serait que l’outil d’un créateur supérieur dont je n’ai pas conscience et ne peux avoir vraiment conscience. Je suis au final spectateur de mon œuvre, les dessins même si je les pense un peu évoluent d’eux-mêmes, ça se crée et me surprend à chaque fois. Si je ne suis pas surpris c’est de la merde !

C’est moi qui ai créé et pas « l’Autre », celui qui est en moi mais qui n’est pas vraiment moi. C’est un peu compliqué à expliquer… Sans passer pour un fou du moins. Mais je suis en quête d’une réalité, d’une vérité qui me dépasse et nous dépasse tous pour résumer et c’est seulement par une écriture automatique que j’y parviens et offre une sorte de « dérive de notre réalité » que chacun va pouvoir interpréter de manière différente. Bien souvent j’ai ma propre interprétation, mais je préfère la garder pour moi. Regarder une œuvre, c’est effectuer soit même un voyage dans un autre monde. En fait pour moi l’Art est une quête spirituelle. Certaines personnes qui cherchent « Dieu » s’attachent à des églises, se reposant sur des religions présentes depuis bien des années, d’autres à l’Art en cherchant et continuant de chercher toute leur vie, sans même en avoir vraiment conscience.

Pourquoi donner vie et place au subconscient dans votre œuvre, croire en son pouvoir ?
Pour le pouvoir du subconscient il s’agit surtout de mes références culturelles : mon grand-père étant philosophe, mon père et lui ne jurent que par FREUD. Forcément ça a eu un impact sur moi ! Puis la psychologie et la psychanalyse me fascinent comme de nombreux domaines. Ça plus mon amour pour le mouvement surréaliste, c’est une suite logique ! Pour expliquer mon propos je vais vulgariser NIETZSCHE et son œuvre Ainsi parlait Zarathoustra dans laquelle il dit que pendant son enfance, l’Homme est un dromadaire qui porte les bagages lourds que ses parents lui mettent sur le dos : leurs valeurs, leurs principes, leurs préceptes, etc. Adolescent, l’Homme devient un lion sauvage se débarrassant de ses bagages qui ne lui conviennent plus, cherchant les siens. « Adulte » et sage il devient finalement un enfant. J’aime beaucoup cette « fable ». J’essaie d’atteindre ce dernier stade, ce stade de sagesse où l’on devient un enfant prêt à tout accepter, vivre en harmonie avec le monde, c’est mon but, c’est là où j’ai toujours voulu aller. Mais je suis encore un lion sauvage qui se rebelle contre le système au fond. Ce qui ne me convient pas dans notre société c’est d’ailleurs que pour elle un adulte ce n’est pas ça, l’image qu’elle en dicte me répugne même ! Devoir être sérieux, intègre et nourrir le système… Voilà ce qu’est un adulte pour eux : un objet. C’est ça que je ne veux pas devenir ! Je veux atteindre la sagesse de l’enfant « libre » ! Le « compromis » dans le texte est le fait que je me divise en diverses personnalités multiples qui correspondent aux différents états dans lesquels je peux être, mes idées « contraires ». Une sorte de dualité entre mon côté « dromadaire », mon côté « lion » et mon côté « enfant », sans oublier le fait que je sois très impulsif mais aussi extrêmement réfléchi. Pour m’y retrouver j’ai décidé de me voir sous différentes facettes de « personnages imaginaires » qui viennent pourtant toutes de « moi ». Voilà. Je ne sais pas si c’est très clair mais c’est déjà un peu le « mind-fuck » dans ma tête alors expliquer aux autres ce que j’ai moi même du mal à m’expliquer… C’est compliqué !

Quels matériels, matériaux, supports servent la constitution de votre oeuvre artistique ? A quelles éventuelles limites devez-vous vous contraindre ?
Je n’ai aucune limite de matériel ou de support, tout dépend de l’idée. Cependant mon matériel principal est pour le dessin, qui est mon support premier à l’heure actuelle. Adepte du noir et blanc j’utilise principalement des crayons graphites, de l’encre de Chine, une pointe tubulaire de 0.6, des poscas noirs et blancs, des cutters, des scalpels,… Parfois j’utilise aussi de l’encre colorée, de la gouache, de l’acrylique, des fusains ou des crayons aquarelles. Pour le papier ce sont surtout des Grand-aigles (110 x 75 cm) Bristol. Après tout dépend de ce que je veux faire. Si le dessin est ce que je maîtrise et fais le plus, je ne veux pas m’y limiter, j’ai pas mal d’idées pour d’autres supports : sculptures, peintures, films d’animation, installations, bandes dessinées, street arts, land arts. J’attends simplement d’avoir les moyens, en termes d’espace, de matériaux ou de techniques pour les réaliser. Le problème avec ma pratique c’est que j’aime ce qui est grand et ai des ambitions assez démesurées ! Donc aucune limite si ce n’est mon imagination et mes moyens.

3. Poséidon, par Yanis LOPEZ.- 09/2015.- Dessin réalisé avec des techniques mixtes au format 65x60cm.

3. Poséidon, par Yanis LOPEZ.- 09/2015.- Dessin réalisé avec des techniques mixtes au format 65x60cm.

Vos dessins s’accompagnent souvent de textes. Pour leur donner un sens, une interprétation ?
Je n’ai pas foncièrement envie de donner un sens particulier à mes dessins, mes textes sont des sortes de « confessions » venant de « mes multiples personnalités exagérées », une autre façon de m’exprimer, ils permettent de plonger dans ma tête quelque part. Ils étaient surtout présents quand je travaillais sur « Le Moi Universel » où là ils servaient surtout à montrer que nous sommes tous bons et mauvais, qu’on se torture trop souvent au lieu de s’accepter et qu’il faut aussi accepter les autres, qu’on est tous différents mais au fond aussi tous pareils. Puis il ne faut pas oublier que là ce que je dis c’est ma vision, mais que chaque interprétation est juste ! C’est au spectateur/lecteur de se faire sa propre interprétation. Tout ce que je veux c’est qu’il vive un truc, une expérience, qu’il ressente des choses. Pour moi il n’y a pas plus beau compliment que « J’ai ressenti quelque chose en voyant ton œuvre ». Le « C’est beau ! » c’est pas mon but, je veux que les gens se reconnaissent, ressentent l’œuvre, la vivent ! Pas qu’ils l’admirent simplement. Si on me dit que mon travail est répulsif, je serai plus heureux que si l’on me dit juste que c’est beau.

Vivez-vous de votre pratique artistique ?
Pour moi créer c’est comme respirer, j’en ai besoin, sans je pense que je me suiciderais en fait. Je ne sais faire que ça, c’est ce qui m’a toujours poussé à vivre et qui fait mon bonheur ! Après ce n’est pas avec ça que je me nourris. Pour subvenir à mes besoins je suis animateur en périscolaire, vingt-et-une heures par semaine, ce qui me laisse le temps de créer. Je répond rarement à des commandes mais ça m’arrive, je suis ouvert à toute demande d’ailleurs ! Je vends occasionnellement. Beaucoup grâce au bouche-à-oreille, ou quand les gens sont face à une œuvre qui leur plaît. Souvent c’est vraiment au coup de cœur ; ils flashent et achètent. Sinon on peut me contacter pour « poser une option » sur une de mes œuvres, je la réserve alors dans ce cas pour une certaine durée afin que l’acheteur potentiel puisse réfléchir. Il est possible de payer en plusieurs fois, car l’Art ça a un prix. J’aimerais pouvoir offrir mais entrent en compte le coût du matériel, le temps de travail – à réaliser l’œuvre en elle-même mais aussi à perfectionner la pratique, l’originalité de l’œuvre. C’est tout ça qui détermine ce prix et c’est toujours assez compliqué à évaluer, surtout quand on veut être abordable. Du coup je propose ces arrangements. Sinon je peux aussi réaliser des posters au format A1 qui changent un peu de l’original mais qui vont être dans les 30-40€ en général.

Souhaitez-vous exposer vos oeuvres ?
On m’a déjà proposé. La première expo j’avais 16 ans alors je n’aurais jamais osé y aller de moi-même et la seconde je voulais encore développer ma technique avant de chercher à exposer. Aujourd’hui je commence à démarcher de plus en plus afin de ré-exposer. Je vise un peu plus haut en cherchant les concours prestigieux qui ont lieu dans de grandes villes. Il faut que je contacte des galeries nantaises aussi. Le souci est que je n’ai pas encore adhéré à la Maison des artistes et dans plusieurs salons et galeries, cette adhésion est obligatoire. Je le ferai sans doute l’année prochaine afin de vraiment me « lancer officiellement » et obtenir le statut « d’artiste ». Pour l’instant je repousse l’échéance car je trouve que ce système est dégueulasse et qu’il ne veut rien dire si ce n’est permettre à l’Etat de nous extorquer de l’argent et rendre l’Art encore moins abordable qu’il ne l’est. Ce qui me pénalise aussi pas mal c’est mon « jeune âge ». Déjà qu’on est considéré comme jeune artiste jusqu’à 40 ans, je vous laisse imaginer comment me voient les galeristes avec mes 20 piges… Ils refusent bien souvent les artistes aussi jeunes car « ils pourraient arrêter », « ne plus avoir d’inspiration », « ce ne sont pas des valeurs sûres », « ils manquent d’expérience ». On a même refusé plusieurs fois de simplement voir mon travail ! On est assez méprisés par ces « seniors » tenanciers des galeries, ils refusent de prendre le moindre risque et tuent le marché de l’Art avec ce qui a fait son temps.

Quels sont vos projets pour la suite ?
Mon projet principal c’est évidemment de pouvoir pratiquer à plein temps, de ne pas avoir à faire un job à côté et de pouvoir venir au bout de toutes mes ambitions artistiques. De continuer à faire évoluer ma pratique.

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Jane Valude
janevalude@gmail.com

Administratrice et rédactrice en chef du site PausArt.



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