Miss Myn

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 Interview de Miss Myn, photographe au style urbain teinté de poésie.

 

1. Mad Hatter’s Tea cups, par Miss MYN.- Japon, 08/2015.- Photographie digitale, tirage papier avec encadrement 50x70cm.

1. Mad Hatter’s Tea cups, par Miss MYN.- Japon, 08/2015.- Photographie digitale, tirage papier avec encadrement 50x70cm.

Quelles sont les origines de vos pratiques artistiques, votre parcours ?
J’ai, depuis petite, toujours aimé dessiner, peindre, créer des choses et surtout du n’importe quoi. Mon père était dessinateur en bâtiment et je me souviens avoir été très souvent dans ses pattes lorsqu’il dessinait à la maison. Je pense que c’est de là que m’est venue l’envie de m’y mettre à mon tour. Je gribouillais sous la table à dessin et tentais de l’imiter sans grande réussite.
Au collège, j’ai suivi des cours de dessin et peinture dans une petite asso de quartier. J’ai commencé à me forger des connaissances générales en histoire de l’art. Il y avait notamment Kandinsky qui reste à ce jour une référence. Au lycée, j’ai pratiqué les arts plastiques en option facultative, environ deux heures par semaine et je suivais des cours en atelier en dehors avec un ancien prof des Beaux-Arts de Nantes. Il m’a en quelque sorte prise sous son aile en m’aidant à me forger des connaissances plus solides que ce soit à travers la pratique du dessin classique, la peinture expressionniste à la Pollock, le collage, mais aussi la théorie et l’histoire de l’Art, ancien, moderne ou contemporain. Il m’a donné des livres pour me permettre d’avancer, de m’enrichir, et m’a ouverte aux arts sans se limiter au dessin à travers les installations et sculptures. Puis un jour, j’ai tenté le concours des Beaux-Arts de Bretagne avec son soutien et j’ai été acceptée à Rennes. J’ai donc fait la première année où j’ai profité des ateliers à foison (labo photo, gravure, sérigraphie, atelier sculpture métal, résine…) puis j’ai préféré partir pour l’université, plus cadrée, où j’ai continué à développer mon goût pour la photographie argentique et le digital. Je suis ensuite partie un an aux USA pour finir mon Master of Fine Arts à la Utah State University où j’ai continué la photographie digitale, la gravure et j’ai testé les ateliers de céramique. J’ai fait ma première expo photo solo en mai 2016 sur le thème de l’Urbex au Fatcap Bar à Rennes. Il s’agit d’un bar orienté sur les arts de rue comme le graffiti, omniprésent dans mes clichés d’Urbex.

Vous photographiez. De quelle manière ? Vos choix de prises de vue sont-ils pensés ou dûs au hasard ?
Pour les sessions photo d’Urbex, il y a des deux. Parfois il s’agit de recherches et d’autres sont suites du hasard, un lieu trouvé lors d’une ballade. J’ai toujours au minimum un appareil digital dans mon sac à dos et parfois un argentique. Je travaille avec du matériel Nikon depuis toujours.
Je sépare souvent mon activité photo plus artistique et celle pour les entreprises et particuliers. Cette dernière est dirigée par et pour autrui, parfois cela peut être contraignant pour moi car les clients ont des attentes et ne s’adaptent pas toujours à la patte de l’artiste photographe. Mais cela est sûrement une chose sur laquelle je dois travailler. Dans mon activité artistique, j’ai une réelle liberté dans les choix de lieux, d’ambiances, de prises de vue, finalement c’est ce qui me fait le plus vibrer. Je suis quelqu’un qui tient beaucoup à sa liberté, qui marche au feeling, au coup de cœur mais tout en étant très rigoureuse. Si je prends un lieu en photo, c’est que ce lieu m’a fait « quelque chose », j’y ai ressenti un « je ne sais quoi » lorsque j’y suis allée.

2. Sans titre, par Miss MYN.- Rennes, 01/2017 ?.- Crayons Posca et Faber&Castel sur papier Canson 50x65cm.

2. Sans titre, par Miss MYN.- 01/2017 .- Utilisation de crayons Posca et Faber&Castel sur papier Canson au format 50x65cm.

Sur votre page Facebook vous écrivez à votre propos : « Style urbain tout en gardant le naturel, je cherche à explorer au-delà du cadre ». Qu’englobe cette notion de « style urbain » dans votre travail ? Quelle(s) forme(s) prend votre exploration et quel cadre souhaitez-vous quitter ?
L’urbex est une contraction d’Urban Exploration. Il s’agit le plus souvent de photos dans le milieu urbain ou peri-urbain, de lieux abandonnés, non ouverts au public et difficiles d’accès, souvent liés au monde du graffiti, du tag car nous partageons les mêmes spots avec les artistes de rue. Dans ces lieux, où il est illégal de pénétrer, personne ne va plus, les graffeurs peuvent donc prendre tout leur temps pour créer tout comme moi. Il s’agit alors d’exploration, car nous allons dans tous les coins et recoins de ces lieux. Les sessions que j’ai faites à l’étranger reflètent très bien cette idée notamment au Japon dans le Parc Dreamland à Nara où nous avions repéré l’adresse sur internet avant de partir. Cependant, y pénétrer et s’y promener a été dans la plus simple spontanéité car je ne souhaite pas voir d’images du lieu avant d’y aller, afin de garder la surprise et explorer l’inconnu quitte à me perdre parfois dedans.

Vous indiquez que votre ligne créatrice est « contemporaine, dynamique avec une touche de poétique ».
L’Urbex est un type de photographie contemporaine, c’est aujourd’hui que les bâtiments ont assez vécu dans l’abandon pour être explorés, le décalage entre notre époque et une époque passée et révolue. Lors de l’exploration de ces lieux, on retrouve souvent des objets d’une autre décennie, ce décalage est intéressant mais beaucoup de photographes se focalisent déjà dessus, ce côté de l’exploration, je le garde pour moi. Mais l’architecture et les espaces vidés de vie alors qu’ils étaient des lieux de joie autrefois sont ce sur quoi je porte mon attention et ma touche de poésie. Les balançoires sans enfants, les tasses d’Alice pleines de poussières, c’est une poésie un brin nostalgique.

Que souhaitez-vous faire ressentir, découvrir ou dénoncer à travers l’urbex ? Qu’est-ce que cette pratique contemporaine de la photographie vous apporte personnellement ?
Je trouve cela assez dingue de laisser ces lieux comme ça, dans leur jus, non utilisés, à l’abandon, parfois très dégradés par les visiteurs impromptus, c’est un vrai gâchis. Je suis quelqu’un de très vivant, j’aime les instants de joie et je suis peut-être un peu nostalgique lorsque je vois ces lieux, comme les parcs d’attraction, dans cet état. Mais le vide que l’on ressent est quelque chose que je ne saurais expliquer. C’est parfois bouleversant de se rendre compte qu’il y a avait beaucoup de vie avant et qu’aujourd’hui lorsque je m’y retrouve seule ou avec mon copain qui aime également visité ces lieux (mais pas les prendre en photo), on ose à peine faire du bruit, on ne parle pas ou peu, ça montre à quel point il y a une différence, une cassure étonnante avec les finalités de départ qui étaient le partage, la vie… Et non le vide ! Je rends donc un témoignage à travers l’image de ces instants de plus rien, de vide qui n’étaient pas censés exister dans de tels endroits.

Nous pouvons également découvrir dans votre œuvre artistique vos dessins et peintures. Des formes géométriques et une certaine importance du trait y sont visibles. Pourquoi ? Quels sens donner à ces représentations ?
Comme je le disais auparavant, je suis quelqu’un qui tient à sa liberté mais avec une certaine rigueur. Je pense que le trait le symbolise plutôt bien. Je me rends compte que j’analyse très peu mon travail malgré mes études durant lesquelles j’ai passé je ne sais combien de temps à analyser celui des autres, c’est pas mal de pouvoir le faire et de prendre le temps et le recul grâce à ces questions. Je pense que mes dessins et peintures représentent très bien mon caractère un peu dur parfois mais un peu foufou d’un autre côté. Je n’aime pas la monotonie et pourtant je dessine des répétitions de formes et lignes mais qui peuvent partir dans tous les sens. Il n’y a pas de représentations particulières, enfin selon moi, je dessine au feeling ce qu’il me passe dans la tête, lorsque je ressens le besoin de créer. Mes dessins sont réalisés sur du papier type Canson, au réglet, avec des crayons fins PITT Faber-Castell pour les traits et aux Posca pour les remplissages.

3. Interwoven swings, par Miss MYN.- Japon, 08/2015.- Photographie digitale, tirage papier avec encadrement 50x70cm.

3. Interwoven swings, par Miss MYN.- Japon, 08/2015.- Photographie digitale, tirage papier avec encadrement 50x70cm.

Collaborez-vous avec d’autres artistes ? Des influences ?
Je réfléchis à des collaborations dans les années à venir mais dans la photo, ce n’est jamais trop évident selon les retours que j’ai eu de ceux qui ont tenté l’expérience.
Pour mes influences, je travaille sur le sujet des frontières depuis ma licence en Arts plastiques. Comment parler d’un sujet de géopolitique à travers l’Art avec pour leitmotiv la relation Etats-Unis/Mexique. Mon directeur de recherche en Master m’a fait rencontrer Carmen CUENCA, directrice du Centre Culturel de Tijuana au Mexique, lors de conférences à Rennes, et l’une des organisatrices de la Biennale In-Site entre San Diego et Tijuana. J’ai pu la revoir à San Diego lors de mon année aux USA. Elle m’a fait découvrir une liste d’artistes sans limites traitant de ce sujet et ils sont devenus de vraies influences lors de mes travaux universitaires. J’ai également fait le plein de musées et d’expositions lors de mes voyages aux USA. Je me souviens plus particulièrement d’une exposition au Museum of Contemporary Art San Diego Downtown, Viva la Revoluciòn : A dialogue with the Urban Landscape, où j’ai pu voir des oeuvres d’artistes que j’admire tels que SWOON, JR, Stephan DOITSCHINOFF (CALMA), Sheipard FAIREY, Vhils

Quels sont vos projets pour la suite ?
Je ne sais pas encore, j’ai quelques idées car j’aimerais me diriger un peu plus vers l’humain et pourquoi pas de futures collaborations. Etant passionnée de danses urbaines et classiques, je souhaiterais aussi ajouter des figures de danse dans mes clichés. Je n’ai pas encore réellement concrétisé les futurs projets ni posé de mots dessus. J’aimerais également faire tourner l’expo Urbex que j’ai faite l’année dernière dans d’autres lieux à Rennes ou ailleurs, mais cela demande du temps que je n’ai pas forcément cette année.

Suivre Miss MYN :

Jane Valude
janevalude@gmail.com

Administratrice et rédactrice en chef du site PausArt.



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