Camille

Camille pose, Camille écrit, Camille expérimente, dit et fait ressentir, par l’image, le crayon, les cordes… C’est dans cet univers riche de sens, de sensibilités, d’émotions et de beautés que nous nous plongeons aujourd’hui.

 

1.Extrait de En attendant Camille...#1, par Donatien LEROY ; Photographie de Patrice MOLLE, Modèle et écrivain Camille.- 02/2017.

1. Extrait de En attendant Camille…#1, par Donatien LEROY ; Photographe : Patrice MOLLE, Modèle et écrivain : Camille.- 02/2017.

Dans sa vie, la nantaise a tantôt délaissé, tantôt fait corps avec la photographie et l’écriture. Petite fille, elle aime déjà prendre la plume. On la remarque alors pour son expressivité, mais Camille préfère être derrière l’objectif ; elle souhaiterait devenir plus tard reporter de guerre, et se voit offrir son premier appareil, un Reflex, à l’adolescence. Période durant laquelle la jeune femme sera hospitalisée plusieurs mois, atteinte d’une maladie neuro-musculaire qui marquera son corps, mais lui fera prendre conscience que celui-ci est « un outil capricieux, mais un très bel outil ». Elle écrira à nouveau à ce moment-là, motivée par un besoin d’exprimer ce qu’elle a sur le cœur. Puis Camille grandit. Elle fait tatouer son corps de grosses pièces qui n’en forment presque qu’une seule : « Chaque dessin sur ma peau, a bel et bien une histoire, aussi bien le dessin, l’endroit, l’artiste ou le moment de ma vie ». Sa vie professionnelle n’est pas liée à la photographie, mais cette dernière revient vers elle, il y a environ cinq ans. A plusieurs reprises, des proches photographes lui demandent de prendre la pose pour eux et elle accepte, sans ambitions particulières derrière cela si ce ne sont celles de rendre service et de s’amuser. Les thèmes et conditions des shootings diffèrent et lui offrent de premières expériences dont elle garde de bons souvenirs ; « Mais je ne voyais pas ça comme un truc qui allait changer ma vie ». Vient alors une crise de la trentaine. Rupture. Cette crise n’est ni brutale, ni négative, plutôt liée à une accumulation de toutes sortes de choses qui demandent à être extériorisées. Elle veut se découvrir, se raconter. Partager son éclosion. Ce sont les prémices de Chrysalide, un projet artistique mêlant écriture et photographie qu’elle développera par la suite. Elle décide de prendre une année pour elle. Premières réelles collaborations photographiques fin 2015, en tant que modèle, avec Dadu PHOENIX et Gérald NOTNAC. Elle reprend la plume les quelques mois qui suivent, avec ce besoin de « tout balancer ». Son rapport au corps est important, il la fascine ; de par ses transformations selon les âges, de par la possibilité de dépasser ses handicaps et ses complexes pour l’assumer, de par ses formes… Tout cela influence sans doutes la prédominance du nu dans ses collaborations artistiques. Elle trouvera en celles-ci un côté thérapeutique, une force, un moyen de dire des choses et de raconter une histoire. Même sans partir sur un but défini, elle sera à la recherche constante d’expressions et d’émotions, notant que certaines images pour lesquelles on ne s’attendait à rien de particulier font ressortir parfois quelque chose d’extraordinaire. Comme cette photo d’elle sous la douche (Image 2) prise par David HERVIEU : « Au début, j’avais l’impression que c’était moi et pas moi en même temps ». Elle ne se rappelle pas ce qu’elle a pu penser ou vouloir émettre à cette seconde, mais la photographie est forte d’une expression qu’il restera donc libre à chacun d’interpréter. « La photo c’est un moment très précis, dans lequel, parfois, tu arrives à capter un truc ; un sentiment, un regard, une émotion… Là, est la bonne photo ».

2. Sans titre, par David HERVIEU ; Modèle Camille.- 11/2016.

2. Sans titre, par David HERVIEU ; Modèle : Camille.- 11/2016.

Les résultats de ses collaborations pour l’année 2016, visibles via la page Facebook Cham’art Death Unicorn, témoignent des découvertes et expérimentations de cette période. Elle a rencontré de nombreuses personnes, s’est essayée à différents styles et rôles, a découvert de multiples façons de travailler.

Les photographes ont été nombreux à apprécier la démarche de Camille, à accepter ses demandes ou à la demander, ce qui mènera à une soixantaine de shootings en un an. Elle a pu réaliser son projet Chrysalide, expliquant aux photographes dans un texte posté sur la toile ce désir de se conter et de se découvrir à la trentaine au travers de mises en scène photographiées sur ce thème. Plusieurs l’y suivent, d’Eric LEMEE à Denz Pictures.
Les cordes seront également venues s’entremêler au monde de Camille. C’est lors de l’événement Délicate SM organisé par l’association Hard Kolision à Nantes qu’elle se laisse attacher pour la première fois par une experte en shibari, Aloysse MANHES. Une rencontre. Une certaine complicité rassurante. Au terme de cette initiation, elle libère une boule de mauvaises énergies. Et n’arrêtera pas le shibari qu’elle lie depuis à des séries photos, et qu’elle pratique surtout pour l’amour des cordes. Attacher, être attachée, se détacher. Pour Camille, le principe des cordes est un plaisir et une contrainte amenant à un dépassement de soi. Le but n’est pas de leur résister mais de s’y installer comme dans un cocon, la vraie soumission qu’elles imposent étant celle du lâcher prise, impliquant un rapport de confiance avec l’attacheur (ou rigger en anglais).

Dans la photographie, Camille veut toujours aller plus loin, raconter une histoire, en adéquation avec son ressenti et celui du photographe. C’est ainsi qu’est né le site Les mots, en collaboration avec Dadu PHOENIX, photographe et écrivain pour ce projet, et Rob FL, attacheur (Image 3). La mise en scène lui plaît également, un exercice auquel elle s’est prêtée pour le photographe Philippe LUCCHESE dans le cadre de son exposition L’Histoire de l’art au féminin, consistant en une revisite des grands classiques de l’art avec des femmes actuelles pour modèles. Elle y est Marianne dans celle de La liberté guidant le peuple d’Eugène DELACROIX ou encore le Christ dans les bras de la Vierge Marie dans une reconstitution moderne de La Pietà.

3. Les Mots, Copyright Dadu PHOENIX ; modèle Camille, photographe et écrivain Dadu PHOENIX, attacheur ROB FL.- 11/2016.

3. Photographie extraite du site Les Mots, par Dadu PHOENIX ; modèle : Camille, attacheur : ROB FL.- 11/2016.

Fin novembre 2016, elle entre en contact avec les photographes Patrice MOLLE et Claire MOREAU, ou 67 poses et Vilaine Photographe. Osmose artistique, ils ont multiplié ensuite les collaborations ensemble. Et ont récemment rendu possible un projet d’Infekt777, calligraphe pratiquant le shibari, celui de raconter avant son départ de Nantes une rencontre marquante qu’il y a faite, celle de Camille. Montrer le lien particulier qui les unit, au travers de la photo, de l’écriture et des cordes. Les deux photographes les ont mis en scène lors d’un shooting intense d’une journée où l’on peut voir et ressentir la complicité et la tendresse de leur relation dans des scènes de la vie quotidienne, ainsi qu’au travers d’autres plus intimes. Un sujet également traité avec le photographe Francis LOUBRY dans une série d’images rouges et noires davantage axées sur le corps, plus sensuelles, où l’on retrouve des figures de shibari. Si elle a laissé à Infekt777 carte blanche sur celles-ci, elle voulait que certaines choses transparaissent comme la complicité et la douceur, car il y en a beaucoup contrairement à ce qui est visible le plus souvent.
Si l’année 2016 était placée sous le signe de la (re)découverte, et pour le public l’occasion d’une plongée dans le monde camillesque, 2017 se présente comme celle des projets plus profonds s’inscrivant dans la durée. Un travail différent, portant notamment beaucoup sur la photographie en noir et blanc : « Maintenant je sais ce que j’aime, ce qui me correspond ». La jeune femme trouve plus d’intérêt à ressentir et faire ressentir, à explorer l’émotion, à faire confiance à un artiste photographe dont elle aime le travail et à improviser. Chercher une attitude, un geste, un regard,… Elle apprécierait traiter de thématiques telles que les relations hommes/femmes ou les conventions sociales et maux de société.
En parralèle, elle poursuit toujours cette ambition d’allier textes et photos, concrétisée en ce moment même par sa collaboration avec Donatien LEROY, photographe et écrivain. Leurs plumes se mêlent au travers des chapitres de En attendant Camille…, où l’un et l’autre se répondent dans une correspondance les dévoilant peu à peu.

Parler de sujets qui la touchent, dénoncer, ou simplement capter des moments improbables, telles sont donc les envies de Camille, que nous retrouvons jusqu’au 8 octobre 2017 à la Grange des Dîmes de Fondettes dans le cadre de l’exposition de Philippe Lucchese, L’histoire de l’art au féminin.

Suivre Camille :

Jane Valude
janevalude@gmail.com

Administratrice et rédactrice en chef du site PausArt.



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